Jeunes talents à Ambronay
En cette journée de septembre, un ensemble de six cuivres nous invite au voyage. Nous sommes accueillis par Isabelle Battioni, directrice du Festival d’Ambronay, toutes les chaises sont occupées : « Bienvenue dans ce lieu dédié à l’aide aux jeunes ensembles et aux jeunes artistes. Avec eux, nous travaillons sur la question de la soutenabilité des artistes, des ensembles et des lieux ». Coloquio 6 est l’une de ces formations qui émergent grâce au formidable travail du CCR d’Ambronay. Les musiciens se produisent aujourd’hui dans la catégorie « Ambronay Jeunes Talents ». C’est dans cette même salle, il y a deux ans, que ces six jeunes musiciens espagnols ont été auditionnés pour le programme EEEMERGING. Et c’est dans cette même perspective que le concert d’aujourd’hui est précédé d’une rencontre entre programmateurs et artistes, autour de la question plurielle de la soutenabilité. Un temps, fort intéressant, d’échange et d’entraide, en témoigne la présence importante de jeunes musiciens au concert, véritable soutien à Coloquio 6. Dernièrement, ils ont enregistré un album, soutenu par le Festival, et que nous ne tarderons pas à vous faire découvrir. Avant de rendre compte de ce magnifique concert, il faut saluer la démarche et la prouesse de Pablo Traine à présenter, de son agréable voix fluette, le concert, l’ensemble, le programme, ainsi que des extraits du livre d’Amélie de Saxe, le tout en français.
Véritable « jet-setteuse » de son temps, Amélie de Saxe, élève de Carl Maria von Weber, se révèle être une élève brillante. Très bonne musicienne, elle excelle également comme compositrice sous le pseudonyme de A. Serena, l’écriture de pièces de théâtre sous le nom de Amalie Heiter, sans oublier ses récits de voyage, de l’Allemagne à l’Espagne en passant par l’Italie et la France. Le concert s’ouvre par une vive lumière rose. Sergio Sánchez Martin et Carolina Guiducci à la clarinette entrent en scène quand, tout d’un coup, depuis le fond de la salle, les cors et les bassons résonnent. Ces derniers remontent doucement l’allée centrale. Cette ouverture de C. M. von Weber, arrangée par Coloquio 6, annonce un programme puissant.

C’est avec une ligne claire que les artistes de Coloquio 6 nous font entrer dans l’œuvre Elvira d’A. de Saxe. Chaque instrument est à sa place sans jamais se confondre. On entend alors une très belle ligne musicale des clarinettes, jouée sur une ligne de basse des bassons accompagnée par les cors. Mouvements arrangés par l’ensemble, ils prennent une délicieuse note jazz, surtout avec les deux bassons. Ces instruments à vent étaient souvent utilisés pour jouer des arrangements d’opéra populaire durant les festivités. Avec quelques subtils arrangements, utilisés ou composés, Coloquio 6 réussit un tour de force avec les célèbres œuvres de Gioacchino Rossini et Wolfgang Amadeus Mozart : convoquer une artiste lyrique.
Les évolutions qu’ils utilisent pour les mouvements de Rossini sont faites avec une intelligence telle qu’on entend les instruments chanter tels Cecilia Bartoli ou encore Elina Garanča. Véritable temps fort, il est le théâtre d’un jeu à six vents où chacun rivalise de plus belle pour faire voyager ces belles œuvres dans toute la salle. À la clarinette, S. Sánchez Martín donne vie à ces parties chantées et effectue de très belles envolées lyriques. Il reproduit à merveille les paroles de Rosine qui chante son amour pour le jeune Lindoro. Au basson, William Gough et Javier Sánchez Castillo font preuve d’une saisissante agilité qui sollicite l’entièreté des muscles de leur bouche. C’est remarquable de voir comment ils embrassent toute la polyphonie de leur instrument. C’est par un discret clin d’œil qu’ils débutent leur duo pour le dernier mouvement dédié à Rossini, Largo al factotum. Ils donnent à cet air des accents comiques où leur dextérité est ici mise en valeur.
Un Mozart succède à un autre Mozart, celui avec qui nous commençons vient d’Espagne. « Vicente Martin Y Soler est un compositeur qui, comme nous, a quitté son pays… et connut le succès. Bien que peu à la mode aujourd’hui il était le Mozart espagnol de son temps ! ». Un savoureux moment grâce aux apports très frais de la scintillante clarinettiste C. Guiducci, en tête de cet air. Qui tend l’oreille maintenant pour cette œuvre iconique d’un certain « Amadé » sera étonné de la qualité des arrangements effectués. Le célèbre air de la Reine de la nuit est ici brillamment réparti entre la clarinette de S. Sánchez Martín et le cor de P. Traine. Une répartition très bien pensée qui convoque les plus prodigieuses interprètes de cet air, telles que Diana Damrau ou encore Sabine Devieilhe.
Ce programme est aussi l’occasion d’apprécier toute la complexité du cor, cet instrument à vent de la famille des cuivres. Durant tout le concert,s Janire De Paz et P. Traine sauront le faire évoluer en jonglant avec toute une série de ton de rechange. Le dernier mouvement de C. M. von Weber est l’occasion pour J. De Paz de montrer tout son talent en produisant des notes étincelantes.
Alors que le concert touche à sa fin, c’est au nom des membres de Coloquio 6 que P. Traine nous remercie « d’avoir partagé cette soirée avec nous. Nous espérons qu’elle aura été aussi agréable pour vous qu’elle l’aura été pour nous». Le concert se termine avec un bis d’Antonio Soler « C’est avec ce mouvement qu’on recevait les invités d’honneur en Espagne». Ils jouent sans partition, au-devant de la scène. On les sent heureux de cette expérience musicale, à la hauteur des applaudissements nourrir et au rendez-vous. Durant tout le concert cet ensemble manifeste un plaisir à jouer ensemble par les nombreux jeux de regards qui nourrissent cette scène. Plus que de simples temps d’accordage, nécessaire à ces instruments, c’est véritablement l’expression d’une profonde confiance mutuelle qui s’exprime en différentes occasions devant nous. Ils jouent avec force et une très grande fluidité, on entend à merveille toute la joie qui les anime à promouvoir ce programme. La force de leur collectif s’exprime aussi par les nombreuses accolades entres eux.

