Au cœur des Quatre Saisons
Ce concert immersif est composé de 4 concertos, habillé d’un paysage sonore contemporain crée pour l’occasion. Pour une part, l’œuvre d’Antonio Vivaldi montre ainsi son inépuisable modernité. Pour une autre part, elle montre comment elle s’inscrit, hier comme aujourd’hui, dans une dimension écologique insoupçonnée. Pour que la musique brille seule, les artistes du Concert de l’Hostel Dieu arrivés sur la scène carrée et au centre de l’édifice, sont tous vêtu en noir. Qu’apporte cette approche nouvelle à cette œuvre qui serait jouée toutes les 5 minutes dans le monde ? La réponse est simple, une invitation à écouter chaque mouvement, chaque note, avec profondeur et attention, loin des répondeurs téléphoniques et autres lieux d’attente dans lesquelles elle est diffusée.
Les premières notes d’un concert de musique ancienne sont dédiées à l’accordage des instruments, très sensible à l’atmosphère et l’hydrométrie du lieu. Charmé depuis toujours par cet instant en dehors de la musique, et qui donne beaucoup d’informations sur la vie et la cohésion de l’ensemble, l’écologie musicale – thème de ce festival (article sur la conférence ici) – invite à en écouter sa musicalité : une symphonie in situ. Accompagné par un très beau jeu de lumière, ce prélude cède sa place à un délicat chat d’oiseau. Ces quelques notes qui émanent de l’édifice tout entier annoncent le premier mouvement de l’œuvre de Vivaldi : la Primavera. Les deux airs, à trois siècles d’intervalle, dialoguent et se répondent l’un l’autre, avec finesse et subtilité. La musique se drape d’une œuvre scénique assurée par un ce jeu de lumière qui accompagne chaque mouvement. Dans cette approche originale entre sons et lumières, le tempo permet une écoute plus en adéquation avec l’invitation à écouter cette nature naissante.

Le public est plongé dans un environnement sonore qui convoque le sud avec ses chants de cigales. Suivi des premières notes de l’Estate, avec cette belle lumière chaude et rougeoyante, l’orage gronde. L’œuvre du prêtre roux est interprétée avec force et panache par les musiciens. Les spectateurs sont transportés au cœur de cet air au point de se demander si les bourdonnements d’abeilles sont réels ou projetés. Les belles attaques engagées par les violons sont accompagnées par une agréable rythmique semblable à la pluie et qui donne une audacieuse saveur à cette œuvre.
Assister à un concert, c’est éprouver le plaisir des artistes à jouer ensemble sur scène, et qui se traduit ici par de beaux et fins sourires pour lancer et suivre le tempo. L’ensemble fait véritablement corps sous la direction de Franck-Emmanuel Comte et de Minori Deguchi en violon solo. Durant tout le concert, celle-ci s’illustre à merveille, enchaînant les mouvements avec force et dynamisme au rythme de l’œuvre musicale. Cette expérience musicale de qualité montre comment une œuvre classique peut être sublimée et faire l’objet d’un dialogue avec l’époque actuelle par des approches novatrices comme c’est le cas ici ce soir.
A la manière d’un pulsar, un appel lancé face à l’immensité du monde, l’Autunno débute le chant d’un oiseau. Au plus près de leurs cordes, les musiciens sont à l’affût, leur attention monte à son paroxysme. Ils guettent le bon moment, celui où la première feuille de la saison tombera, marquant ainsi le début de l’automne. Ici, le tempo de l’œuvre dialogue avec le déroulement de la saison, des mouvements lent et qui précèdent la chute des feuilles, des températures, de la nuit noire. Une musicalité qui nous fait pénétrer dans la rudesse de l’hiver à venir. Cette mélodie me rappelle avec émotion l’incroyable film de Vincent Munier, Le chant des forêts. Une chance d’observer, d’écouter, de prendre conscience de la beauté de cette nature.
Le silence convoque l’Inverno, et avec lui, ce vent qui parcourt les villes et transporte dans son sillage les traces des activités humaines. La pluie se fraye un chemin entre les murs de la ville et s’abat contre le triple vitrage de nos cités contemporaines. La composition musicale est surprenante de réalisme et nous entraîne au plus profond de l’hiver. Il est très agréable d’entendre ce pizzicato des violons de Reynier Guerrero et Florian Verhaegen et qui se détachent à merveille de l’ensemble. Une invitation à renouveler l’écoute et l’attention portée à cette œuvre très connue, mais si peu écoutée.

