Inédits et airs connus de Vivaldi
Ce concert au programme exigeant était un inhabituel concert d’après-midi dominical. Il débutait par des œuvres peu connues écrites par des précurseurs du baroque et notamment le très beau Prélude d’Isabella Leonarda. Le programme comportait également deux arias inédites et très intéressantes de Vivaldi, Parli in te, parli il cor mio extrait de La Candace et, donné en bis, Al balenar del brando extrait de l’opéra quasi intégralement perdu L’inganno trionfante in amore. Egalement dans ce programme un Adagio inachevé d’une grande beauté.
Le reste du copieux programme était beaucoup plus attendu dans un concert Vivaldi et permettait à Juliette Mey de faire montre de sa technique éprouvée et très sûre. On peut néanmoins regretter que l’accompagnement par l’Orchestre de l’Opéra Royal ait été parfois mal équilibré, couvrant à l’excès la mezzo-soprano et gâchant un peu certains effets, par une présence excessive des cordes. Ce fut notamment le cas dans le Sol da te ou encore dans l’extrait du Dixit Dominus. Mais ce manque d’équilibre n’était pas du tout permanent et on a pu écouter par exemple, fort bien équilibrés voix-orchestre, un superbe Agitata da due venti et le très bel air extrait d’Arsilda.
La voix de Juliette Mey est très intéressante même si le timbre est un peu clair à mon goût. Le choix très intelligent du programme lui permet de démontrer des capacités techniques assez impressionnantes, vocalises précises, ornements souvent audacieux et très belles nuances. Si la diction pêche un peu, le chant est toujours sensible, inspiré et les dialogues avec les instruments solos sont toujours très réussis que ce soit avec la flûte baroque de Sol da te ou avec le clavecin de Io son quel gelsomino. Enfin, la capacité à incarner aussi bien les déchaînements de la passion ou de la colère que l’abandon amoureux est impressionnante, avec des lignes piano très émouvantes.
Le violon de Théotime Langlois de Swarte est vif, engagé et souvent spectaculaire. Le continuo de l’orchestre de l’opéra royal est de toute beauté, en particulier le clavecin de Chloé de Guillebon ou le théorbe de Léa Masson (parfois abandonné au profit de la guitare). Même si les cordes manquent parfois un peu de sensibilité, la prestation de l’Orchestre de l’Opéra Royal, enflammé par Théotime Langlois de Swarte ne manquait pas d’intérêt, réussissant même à éveiller l’attention dans le trop entendu L’Eté, interprété de façon presque trop spectaculaire.
Trois bis exigeants généreusement accordés par les interprètes ont conclu ce joli concert salué par un public très conquis.

