Ubi sunt mulieres – Ensemble Contre le Temps


Ubi sunt mulieres (Où sont les femmes) : Une vie de femme au Moyen-Age

« En tissant ensemble ces louanges sacrées et profanes, nous célébrons non seulement les femmes qui ont inspiré ces œuvres, mais aussi notre propre parcours collaboratif en tant qu’ensemble féminin, perpétuant l’héritage des contributions musicales et culturelles des femmes à travers les siècles » (extrait de la plaquette de présentation du concert). Le programme rassemble des œuvres de Hildegard von Bingen, Guillaume Dufay et d’anonymes tirés duTropaire de Winchester, du Codex Las Huelgas, du Manuscrit de Chypreet du Codex d’Oxford.

Contre le temps est un ensemble vocal féminin spécialisé dans la musique médiévale, fondé à Bâle en 2019 par Julia Marty, Cécile Walch, Karin Weston et Amy Farnell pendant leurs années de formation à la Schola Cantorum Basiliensis. Contre le Temps interprète une variété de genres musicaux allant du XIème au XVIème siècle, mêlant sensibilités musicales personnelles et connaissance informée des sources historiques de l’époque. Ces artistes incarnent la musique médiévale d’une manière que seule la voix en tant qu’instrument peut exprimer, émouvant leur public par la puissance émotionnelle intrinsèque, renforcée par la force mélodique de quatre voix féminines à l’unisson. Dans leur démarche, elles tentent d’augmenter la place de l’improvisation comme l’aurait fait un musicien médiéval de manière à rendre leur performance plus vivante et plus accessible.

Il était normal que dans ce programme, la vie de la Vierge Marie tînt la place principale. Les chanteuses ont interprété des chants illustrant successivement la naissance de Marie, l’Annonciation, la naissance de Jésus et l’Assomption. En complément des textes sacrés rédigés principalement par des hommes, il était normal que grâce à la poésie et la musique, la voix des femmes pût se faire entendre. Les textes qui évoquent le Soleil, la Lune et les Etoiles, symboles de la lumière de Marie, étaient tous poétiques et émouvants en particulier : Uterus hodie virginis floruit (Aujourd’hui le ventre de la jeune fille a fleuri) ou encore O Maria Virgo Davitica et son allusion à l’arbre de Jessé par lequel Marie est héritière du trône de David.

Les quatre thèmes principaux énumérés plus haut ont constitué autant de stations dans la basilique. Une récitante, Raphaëlle Prestigiacomo, a déclamé une introduction pour chacun des thèmes de chant. Le public, divisé en deux groupes suivaient les chanteuses dans une déambulation dans toute l’église dans l’obscurité presque totale pour retourner au point de départ. Le parcours dans l’obscurité pouvait s’avérer problématique, difficulté à laquelle les organisateurs pourront facilement remédier. Il n’était pas possible d’admirer les tapisseries de la Vierge Marie, situées dans le chœur de l’église mais un éclairage spécifique sera sans doute la solution.

Les chanteuses avaient des voix d’une grande pureté, elles chantaient en permanence a capella des chants généralement homophones mais parfois polyphoniques (Dufay). Elles apportaient un soin extrême au phrasé et à l’articulation de leurs mélodies et par la combinaison toujours renouvelée des textures vocales et des tempi étaient à la recherche de couleurs innovantes. Une musique à la fois fervente et sensuelle, un spectacle austère et exigeant d’où surgissait une spiritualité intense.

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