Te Deum – Urio


Une esthétique sonore qui peine à convaincre

Le concert de ce soir se déroule dans la Marktkirche, l’une des deux églises accolées qui font l’originalité de la place du marché de Halle, parée d’un beffroi du XIVe siècle et des quatre clochetons des deux églises. Le directeur du festival, Florian Amort, présente brièvement le motif de la programmation de ce Te Deum du moine franciscain Francesco Antonio Urio (1631-1719), composé en 1682, dans le cadre du Haendel Festspiele Halle. Cette œuvre a en effet inspiré Haendel, qui en a repris des airs dans plusieurs de ses compositions, notamment le Dettinger Te Deum. Ce dernier célèbre la victoire des troupes britanniques et autrichiennes sur une armée française commandée par le duc de Noailles lors de la bataille de Dettingen, menée dans le cadre de la guerre de Succession d’Autriche, le 27 juin 1743. Nous ne savons en revanche pas vraiment comment le Te Deum d’Urio est parvenu entre les mains du Caro Sassone ; il est probable qu’il a découvert l’œuvre lors de ses séjours à Florence ou à Rome. Celle-ci l’aura toutefois suffisamment impressionné pour qu’il s’y intéresse de près et en reprenne certains motifs dans ses compositions ultérieures.

Le concert s’ouvre par le Concerto grande da chiesa o dell’incoronazione, pour violon solo, hautbois, trompettes, timbales, cordes et basse continue de Francesco Maria Veracini (1690-1768). Son Concerto a été composé en 1712, vraisemblablement pour un office d’actions de grâce en l’honneur du roi de Saxe Karl VI, récemment couronné. Il comporte des parties de violon solo particulièrement virtuoses, qui permettaient au compositeur et maître de chapelle de mettre en valeur son talent de violoniste hors pair. Les parties de violon solo sont exécutées par la violoniste Ying Zhang, qui fait montre d’une maîtrise parfaite de son instrument, en particulier dans les redoutables variations de l’Allegro final. Le choix effectué par Reinhard Goebel d’instruments modernes pour cette œuvre résolument baroque (nous sommes au début du XVIIIe siècle…) en modifie toutefois profondément l’esthétique sonore originelle : les sonorités des violons métalliques sont agressives, et, dans le finale du dernier Allegro, les contrebasses et les percussions prennent un poids démesuré, générant un paysage sonore qui évoque davantage les symphonies de Mahler que les raffinements de la cour de Dresde…

La même remarque s’applique à l’orchestration du Te Deum, initialement composé pour des instruments de la fin du XVIIe siècle. La trompette s’y montre particulièrement criarde à chacune de ses interventions, et le chœur final In te Domine a des allures de vacarme. Malgré ses capacités vocales, le MDR-Rundfunkchor a parfois du mal à s’imposer face au volume de l’orchestre. Relevons toutefois les agréables sonorités du solo de violon qui orne le chœur Miserere, peu avant le finale.

Globalement, les solistes du MDR-Rundfunkchor se révèlent en revanche parfaitement rompus au style baroque, à l’exception de la soprano qui lance le premier air solo (Tibi omnes). Les altos féminins se montrent particulièrement convaincants, de même que le baryton. Les duos (Tu rex gloriae, Aeterna fac et Salvum fac) sont tout à fait réussis, de même que l’unique trio (Tu ad dexteram). Enfin, même si ses choix instrumentaux sont loin de nous avoir convaincus, Reinhard Goebel possède une indéniable capacité à animer cette partition. Le public a d’ailleurs salué ce concert par de longs applaudissements.

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