Scarlatti en majesté
Ce programme, consacré à Alessandro Scarlatti, est construit autour de la représentation en première mondiale du Te Deum récemment retrouvé. L’exécution dette œuvre était précédée d’extraits d’Il Vespro di Santa Cecilia et de la Messa di Santa Cecilia. Ces trois œuvres ont probablement été écrites vers 1720. Hommage à la sainte patronne des musiciens, donc, et célébration du 300e anniversaire de la disparition d’Alessandro Scarlatti.
L’écriture de Scarlatti est magnifiée par le remarquable ensemble que constitue le Chœur et Orchestre Ghislieri superbement conduit par son fondateur Giulio Prandi. Chacune des cinq voix du chœur est assurée par quatre chanteurs, permettant des nuances, et donnant à cette musique toute son ampleur. L’homogénéité et la précision de ce chœur sont remarquables et chacune de ses interventions est un véritable plaisir. Même plaisir en ce qui concerne l’orchestre, impeccable de bout en bout, assurant une très grande cohérence à l’interprétation des trois œuvres et donnant à entendre l’extrême richesse et la grande diversité d’inspiration de l’écriture de Scarlatti ainsi que son caractère très concertant.
Les extraits choisis d’Il Vespro sont introduits par le Magnificat, ouvert par les voix masculines de la Schola Gregoriana Ghislieri. Margherita Maria Sala y est somptueuse ainsi qu’Alessandro Ravasio. Maria Grazia Schiavo semble en légère méforme dans ce début de concert et j’ai regretté la trop grande proximité de timbres des deux sopranos solos. Mais Maria Grazia Schiavo a corrigé cette impression dès le Cantantibus organis qui suit dans lequel on est subjugué par l’émotion de ce chant très lié, sur le souffle, et dont la technique très maitrisée sert une interprétation sensible. Enfin le Lauda Jerusalem met en avant la netteté des pupitres de l’orchestre et des voix du Chœur.
La Messa di Santa Cecilia est également parfaitement exécutée, la direction assumant sa dimension concertante notamment dans un Kyrie particulièrement beau et équilibré. L’orchestre sonne clair et déploie une infinité de couleurs et de nuances qui soutiennent l’émotion de l’auditeur. Des interventions des solistes, j’ai particulièrement apprécié celles de Margherita Maria Sala dont le très beau timbre se déploie sur un chant plein d’abandon et de nuances. Les deux sopranos ont quant à elles de redoutables exercices de virtuosité dans lesquels elles démontrent une technique sans faille et qui permettent à Carlotta Colombo de faire valoir son très beau timbre. Le dialogue de Margherita Maria Sala et de Maria Grazia Schiavo dans Et homo factus est est un moment particulièrement intense. De même l’Agnus Dei final est une merveille d’équilibre dans lequel l’exécution s’allège presque comme une caresse, avant un très beau mouvement crescendo.
Enfin le Te Deum, en (re)création mondiale, qui ne laisse pas de surprendre tant l’écriture est riche, diversifiée, complexe. L’oreille est en permanence sollicitée par des nouveautés, des changements de rythme. Le son puissant n’est jamais grandiloquent, la virtuosité, notamment celle des parties confiées aux deux sopranos solos, n’est jamais gratuite. Margherita Maria Sala y est à nouveau particulièrement remarquable tant l’interprétation est intériorisée et emplie d’émotion.
Tout ceci est bien sûr le résultat du magnifique travail de Giulio Prandi, omniprésent dans sa direction, qui ne lâche aucun interprète à aucun moment, et qui assure la cohésion de ce superbe concert très longuement applaudi par un public enthousiaste.

