Pergolèse, Haendel et Porpora à la salle Gaveau
Le programme de cette soirée de musique sacrée est axé sur la figure de la Vierge à travers trois œuvres particulièrement expressives de l’âge d’or du Baroque. On connaît le goût de Stéphane Fuget pour la sobriété et c’est une formation réduite à 7 musiciens qui accompagne cette soirée.
C’est au motet Regina Coeli de Porpora qu’il revient d’ouvrir la soirée. Il s’agit d’une prière mariale du rite catholique, associée à la joie de la résurrection du Christ. La composition de Porpora date de 1742 et elle est typique de l’école napolitaine qui privilégie la virtuosité, la beauté des mélodies et un chant très orné qui met en avant les qualités du chanteur et qui réalise un pont entre la musique sacrée et l’opéra. Anthea Pichanick y déploie son timbre somptueux et une réelle virtuosité. Le chant sur le souffle et la délicatesse du phrasé sont un réel plaisir pour cette œuvre qui s’apparente davantage à l’opéra qu’à la musique sacrée.
Haendel était un organiste de tout premier plan, probablement l’un des meilleurs de son temps, et reconnu comme tel à Londres. C’est donc tout naturellement que trouve place dans ce programme un concerto pour orgue. Mais, peut-être à cause de la taille réduite de la formation, l’exécution m’a semblé manqué d’ampleur malgré le travail délicat de Stéphane Fuget à l’orgue.
Ce concerto précède le Salve Regina du même Haendel. Il s’agit d’une antienne à la Vierge, dans sa représentation de Mater dolorosa. De tradition très ancienne cette antienne est chantée depuis le XIIIe siècle. La version haendélienne est datée de 1707, lors du séjour italien du compositeur. L’œuvre est généralement donnée pour avoir été créée, sous la protection des Colonna, le 17 juillet 1707. Elle est composée de quatre parties contrastées : Salve Regina, mater misericordiae est une supplique déployée sur un magistral fondu orchestral, Ad te clamamus prolonge cette supplique, Eia ergo renoue avec un ton joyeux, avec un solo d’orgue et un accompagnement vif des cordes et enfin Ô clemens, o pia, o dulcis virgo Maria est un mouvement lent, en miroir du Salve Regina d’ouverture. Marie Perbost y déploie une voix brillante, qui porte une réelle émotion spirituelle, même si elle est mal servie par des équilibres imparfaits notamment avec les violons et l’alto qui ne semblent pas au meilleur de leur forme. Il n’en demeure pas moins que le Ad te clamamus est particulièrement émouvant.
Le célébrissime et bouleversant Stabat Mater de Pergolèse date quant à lui de 1736 et fut composé au monastère de Pouzolles, sur la fin de vie du compositeur décédé à 26 ans. Rattaché à la tradition musicale napolitaine, le Stabat Mater de Pergolèse est néanmoins l’expression souvent tragique de la douleur de la Vierge face aux souffrances de son fils. C’est un chef d’œuvre absolu, joué quasiment partout et tout le temps depuis 1748, et maintes fois entendu. La version de Stéphane Fuget réveille pourtant l’auditeur en mettant en avant la richesse des contrastes de la partition et en soulignant sa théâtralité, en osant des tempi ralentis, des silences éloquents et des fins de phrase pianissimo, comme suspendues. Cette méticuleuse recherche donne un résultat séduisant et souvent surprenant, parfois au prix d’attaques un peu imprécises et de lignes, notamment des violons, qui peuvent manquer de netteté. Mais l’ensemble de l’interprétation est assez saisissant, servi par les deux solistes dont les timbres se marient superbement. Les techniques sont impeccables et Anthéa Pichanick comme Marie Perbost font montre d’une technique à toute épreuve et d’un sens de l’interprétation qui contribue à renouveler l’émotion de l’auditeur qui progresse au long de l’interprétation jusqu’à un sublime Quando corpus morietur qui est un vrai moment de grâce inspirée.
Le public a réservé un très beau succès à cette soirée.

