Songs of freedom – Núria Rial

Chants de liberté à travers les âges

Dans le cadre de son édition 2026 qui a pour fil conducteur la liberté, le festival Barrokfest de Trondheim accueille la soprano espagnole Núria Rial, autour d’un programme de pièces baroques mais aussi contemporaines. Des compositeurs comme la poétesse argentine Maria Elena Walsh, opposante à la dictature militaire dans son pays, le vénézuélien Pablo Camacaro, promoteur d’une musique populaire dans son pays, ou encore l’italien Alfio Antico, berger sicilien devenu défenseur du répertoire de son île natale, y côtoient des « classiques » de la période baroque, tels Sigismond d’India, Tarquinio Merula, Johannes Hieronymus Kapsberger ou encore l’incontournable Claudio Monteverdi. Certains musiciens à l’honneur ce soir ont eu des parcours personnels mouvementés, tels l’espagnol José Marín (1618-1699). Moine et chanteur de la chapelle du monastère de La Encarnacion à Madrid, il fut poursuivi et condamné pour viol en 1654 et 1656. Torturé, emprisonné et réduit à l’état séculier, il fut ensuite libéré et put faire valoir son talent à la cour de Madrid, qui l’accueillit jusqu’à la fin de sa longue existence. Les tonos (airs bâtis en couplets et refrains) qu’il nous a légués figurent parmi les plus belles pages de la chanson espagnole du XVIIe siècle.

Les airs retenus pour le concert ont aussi pour point commun d’être bâtis sur un accompagnement de luth ou de guitare. Rolf Lislevand, connu pour sa promotion du luth, joue ici essentiellement de la guitare, les parties de luth (ou de théorbe) étant assurées par un interprète norvégien, Erik Skanke Høsøien. S’y ajoute la partie de contrebasse tenue par Elvin Venæs.

Tout à fait à l’aise dans ce programme éclectique, Núria Rial y développe sans peine de jolis ornements perlés, du plus bel effet (comme dans la Canzonetta spirituale de Merula, le Quel sguardo sdegnosetto de Monteverdi ou encore dans les Marizápalos). Le phrasé est très fluide, mais on aurait apprécié une diction plus affirmée, en particulier dans l’abondant répertoire hispanophone, aux paroles parfois difficilement intelligibles… Si la prestation était irréprochable au plan technique, elle manquait à notre sens un peu de relief. Elle a cependant rallié les suffrages du public, qui a applaudi chacun des airs.

De leur côté, les nombreuses pièces instrumentales du programme se sont avérées tout à fait captivantes. Les magnifiques Canarias de Kapsberger, entamées par Erik Skanke Høsøien, ont mis en évidence une parfaire complicité entre les trois instrumentistes. Les Jacaras de Santiago de Murcia ont donné lieu à une magistrale leçon de guitare baroque administrée par le maestro Lislevand. La Passacaglia Andaluz, qui débute sur un duo de guitares, rejointes par la contrebasse, a remporté – à juste titre – un beau succès auprès du public. De même pour la Tarantella de Santiago de Murcia (également avec deux guitares et contrebasse), aux échanges rythmés. Des exécutions inspirées par le souffle de la liberté !

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