Sacro Furore – Carlo Vistoli

Carlo Vistoli et Les Accents au Festival de Sablé

Quoi que portant le même titre que le concert de novembre 2024 à la salle Gaveau (voir mon compte-rendu), le programme de cette soirée, également largement consacrée à Vivaldi, en était fort différent, le seul point commun aux deux programmes étant le très beau Stabat Mater de Vivaldi. Mais ces deux soirées ont également en commun de procurer de somptueux moments aux spectateurs.

Une partie de l’excellence de cette exécution tient à la présence des Accents de Thibault Noally qui apportent à Vivaldi, comme à Bach, une énergie qui sert la très grande sensibilité de cette musique. L’ensemble passe avec un égal bonheur des vibrations liturgiques pleines de spiritualité aux évocations fort imagées des deux concerti qui ponctuent le programme et aux effusions lyriques de l’opéra vénitien qui en constituent la deuxième partie. Cette formation sait mettre en valeur les solistes, qu’il s’agisse des violons, et au premier chef de celui de Thibault Noally, ou du chanteur. Elle atteint à la perfection dans le deuxième mouvement du Double concerto pour violon de Bach, très émouvant.

L’autre élément de ce succès est la prestation époustouflante de Carlo Vistoli. La voix est puissante, le timbre est clair et se colore, avec une aisance confondante, de multiples effets, passant de la clarté la plus lumineuse à des ambiguïtés plus ambrées. Carlo Vistoli est sans aucun doute un des meilleurs contre ténors actuels, pour ne pas dire le meilleur, et chacune de ses apparitions montre des progrès, des éléments nouveaux, résultat d’un travail constant sur la voix et l’interprétation

Le concert s’ouvre sur un Stabat Mater magnifique dans lequel Carlo Vistoli exprime toute la douleur du monde. Le vibrato est parfaitement maîtrisé, le chant conduit sur le souffle, émaillé de trilles superbes. Si les tempi des Accents sont un peu trop appuyés dans le Quis est homo et le Quis non posset (et c’est vraiment la seule minuscule réserve qu’on pourra faire sur leur exécution), Carlo Vistoli y est impeccable de ligne et de technique. Un des sommets de cette exécution a été le Eja Mater avec une très belle introduction et un chant portant une douleur infinie exprimée avec une immense délicatesse, comme portée du bout des lèvres.

In Furore montre d’autres facettes du chant de Carlo Vistoli : le chant est puissant, plein de vitalité, très virtuose et l’interprétation, plus théâtralisée que celle du Stabat Mater, est d’un goût irréprochable et d’une technique éblouissante. Le Tunc meus fletus est comme pantelant et cette manière d’amener presque au murmure soutient l’émotion.

La deuxième partie, consacrée à des airs d’opéra de Vivaldi permet à Carlo Vistoli de mettre en évidence son talent d’interprétation et de caractérisation de personnages différents. Gemo in punto, exécuté avec brio, est précédé par son récitatif qui est conduit avec une rare intensité et qui capte l’attention en ouverture de cette deuxième partie.

Suit un Mentre dormi éminemment plus élégiaque, dans lequel la multiplication des affects et des couleurs caractérise les ambiances. Et soudain la voix s’allège pour évoquer le ruisseau avant de conclure l’aria sur un Piacer somptueux.

Sovente il sole a été un des sommets de cette soirée tant l’interprétation apaisée et intériorisée de Carlo Vistoli se mariait à merveille avec l’accompagnement somptueux au violon de Thibault Noally.

Le programme se terminait sur Nel profondo cieco mondo, vocalisé et orné à profusion, empli de nuances et déployant un legato qui semble infaillible.

Deux bis pour conclure cette superbe soirée : une interprétation du Vedro con mio diletto dont la perfection justifierait son inclusion dans le programme même tant l’ornementation qui allie virtuosité et sens du détail porte l’émotion et y est exemplaire. Et en second bis, une reprise de l’Alleluia de In Furore, tout aussi virtuose et réussie et conclue sur un aigu percutant, qui met la salle debout.

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