Récital Jakub Józef Orliński


Entre Purcell et poésie polonaise, le cœur en voix

Il y a des soirs où la jeunesse semble tomber amoureuse du baroque en une seule salve. Le Grand Théâtre de Provence affichait complet, salle pleine d’étudiants, d’artistes, de festivaliers d’un soir – et de ce souffle rare qu’on entend dans un « Bonsoir à tous ! » lancé avec un sourire par Jakub Józef Orliński lui-même.

Figure phare du contre-ténorat d’aujourd’hui, Orliński a réussi là où beaucoup rêvent : fédérer autour de programmes exigeants, d’une virtuosité éclatante mais jamais ostentatoire. Son lien avec le Festival d’Aix est ancien (rappelons son Erismena en 2017, ou encore la Résidence Mozart de son pianiste Michał Biel en 2015), mais ce récital fut tout sauf un retour attendu. Il fut une exploration intime de deux univers rarement juxtaposés : la musique anglaise du XVIIe et le répertoire vocal polonais du XXe.

La voix limpide et malléable du chanteur se pose avec une évidence déconcertante sur les mélodies de Fux, dont le style baroque est déjà teinté d’emphase préclassique. Puis vient Purcell, somptueusement servi par des cadences improvisées, d’une audace souple : If music be the food of loveSweeter than roses… ou encore ce Cold Song, en bis, réorchestré pour piano avec une fureur de glace à faire frémir la salle.

Mais c’est peut-être dans la poignante série de chansons polonaises que le récital atteint sa véritable singularité. Miniatures comme des cartes postales sonores, les Pożegnania de Czyż, ou les œuvres de Karłowicz et Moniuszko, évoquent des instants intimes, tour à tour lyriques et introspectifs. L’interprétation s’y fait moins virtuose que caressante, et le piano de Michał Biel se teinte d’un léger halo de nostalgie.

Pour conclure, un Haendel lumineux : Alleluja, Amen, mêlant ferveur et joie. Et en rappel, après une séquence d’acrobaties physiques et vocales sur Strike the Viol, Orliński cède à l’enthousiasme du public et offre un Vedrò col mio diletto d’une tendresse nue, chanté comme un cadeau.

Ce soir-là, le baroque était jeune. Et incarné.

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