Chants et danses autour de la nature
Le programme de ce soir est une création issue de quatre membres du Concert de l’Hostel Dieu. On le verra durant tout le concert, ce programme questionne les liens entre la musique baroque et la nature dans une dimension immersive saisissante. Ce concert interactif est un véritable temps en famille pour petits et grands. Il est à l’initiative de Véronique Bouilloux et accompagné sur scène par Marion Hély au traverso, Ulrik Larsen au théorbe et guitare et Nicolas Mary au basson. L’expérience prend place dans le cadre du Festival Chapelle Sauvage, une expérience en écologie musicale (l’article de la conférence est à retrouver ici) et débute par quelques règles du jeu. La participation du public est un élément clé de la réussite de ce concert. Mais, le plus important demeure l’expérience collective autour de la musique et de son paysage sonore. Tout au long du concert, V. Bouilloux conduit les musiciens et le public avec son sourire, une belle énergie sur scène accompagné de textes écrits et lus pour l’occasion.

L’expérience commence par une invitation à « fermer les yeux, prendre conscience de votre dos, de votre respiration…». Alors que le public se prête au jeu, U. Larsen arrive du scène en toute discrétion. La salle est plongée dans un bel environnement sonore, fin et délicat assuré par plusieurs anonymes aux quatre coins de la salle. Trois niveaux de sonorité – sur scène, via les baffles et tout autour de la scène – plongent alors le concert et son public dans une dimension immersive forte et renouvelée. Ce premier paysage sonore prend fin avec les premières notes du traverso joué par M. Hély et qui émanent du balcon. Depuis l’arrière de la salle, V. Bouilloux rejoint la scène avec son violon. Petit à petit, un nouveau paysage sonore prend forme. Cette savoureuse expérience musicale rompt avec l’écoute parfois trop passive de nos sociétés consuméristes contemporaines pour embrasser une écoute attentive.
L’Eveil de la Nature éclot progressivement sur la scène placée au centre de l’édifice. Le mouvement est clair et permet à chacun des quatre instruments d’être parfaitement entendu. Un cinquième instrument s’invite à la fête : l’estrade sur laquelle les artistes se produisent est transformée en percussion par les musiciens. Après de belles Danses de village à trois voix, le public se trouve face à l’Entrée en forêt pour rencontrer les animaux. Au retentissement de la cloche, le public, par l’intermédiaire de ces très jeunes naturalistes, est amené à identifier les animaux interprétés par le collectif. Au loin, l’Orage des grandes forêts tropicales se fait entendre, il s’approche ! L’œuvre d’Antonio Vivaldi est magnifiquement interprétée. Cette formation, qui fait intervenir flûte et basson, est très originale. L’œuvre prend ainsi une très belle couleur et permet une écoute renouvelée, ce qui est très appréciable. L’orage est passé, la nature déploie ses plus beaux atours. Les jardins de Salley ouvrent leurs portes avec la belle voix de V. Bouilloux, accompagné des trois musiciens.
Les Sauvages de Jean-Philippe Rameau, véritable temps fort du concert, est le moment où le public, dans son ensemble, est mis à contribution. Il prend part dans ce beau mouvement en exécutant la chorégraphie apprise au début du concert. Les musiciens sur scène pourront compter sur leurs collègues de la Chapelle pour accompagner les spectateurs petits et grands. Le public est très réceptif, et exprime un réel plaisir et prend une réel place dans ce concert. Cette expérience collective, un moment de partage, est une véritable réussite. Le public regagne le chemin du village, les yeux pétillants et le sourire aux lèvres.

Comme pour refermer ce concert, la conteuse de ce soir invite le public à fermer les yeux. Le public, très participatif, est devenu ce village invité à mieux écouter les sons de la nature. Progressivement, la forêt se retire, la scène est libérée de toute présence pour ne laisser que le public, enrichi par cette expérience musicale féconde qui aura permis aux parents et à leurs enfants de vivre une heureuse expérience ensemble. Après des applaudissements nourris, les artistes proposent au public de choisir le mouvement bonus. A une large majorité, le public se prononce pour Le cycle de la vie de Jean-Marie Leclair, compositeur, violoniste né à Lyon et qui s’est fait connaître, à ses débuts, comme danseur. « Ce que j’aime bien avec la chaconne, nous dit V. Bouilloux, c’est qu’elle résonne un peu comme la morale de l’histoire ».
En pleine journée comme à la nuit tombée, cette chapelle désacralisée dévoile ses secrets à qui prend le temps de la regarder. J’avoue que le caractère « participatif » du concert m’a, dans un premier temps, questionné. Je dois bien rendre compte de mon étonnement face à la réception très positive du public composé de parents avec leurs enfants en bas âge. En plus du concert et de la qualité des interprétations, c’est véritablement tout le dispositif ainsi que la création artistique qu’il faut ici saluer. Un concert expérimental audacieux et réussi, qui a su captiver son public en le faisant voyager grâce à un paysage musical des plus savoureux.

