Messe en si – Bach

Une œuvre monumentale

Œuvre monumentale à la genèse complexe, la Messe en si mineur a été achevée dans les dernières années de la vie de Bach. Il s’agit au départ d’une Missa Brevis composée en 1733 pour convaincre Frédéric-Auguste II, Grand Electeur de Saxe et roi de Pologne, de lui confier la charge de musicien officiel de sa Cour. L’œuvre se limite alors à un Kyrie et un Gloria qui réemploient des passages d’œuvres antérieures.

En 1748, Bach, pour des raisons qui restent aujourd’hui obscures, reprend et complète la partition. Il y ajoute ainsi un Credo (pour partie nouveau), un Sanctus (écrit en 1724) et l’Osanna final (également un réemploi). L’œuvre de 1733, adaptée à la liturgie luthérienne, devient ainsi une messe conforme au rite catholique.

Comme cela est souvent rappelé, cette Messe ne fut jamais jouée dans son intégralité du vivant de Bach. Il faudra attendre 1859 à Leipzig pour une première interprétation intégrale publique. Et ce n’est qu’en 1891 qu’elle sera jouée à Paris en intégralité.

L’effectif vocal qui se veut délibérément limité se compose de trois chanteurs pour chacune des cinq parties, cet effectif incluant les solistes. L’objectif est ici très vraisemblablement de se rapprocher des conditions d’exécution de la Missa Brevis originelle.

Lionel Meunier dirige l’ensemble depuis le chœur, auquel il participe avec conviction. Sa direction est relayée, pour l’orchestre, par Péter Barczi, avec lequel la complicité est naturelle et évidente. Le Freiburger Barockorchester sonne à son habitude avec beaucoup de précision et d’éclat. Les couleurs sont somptueuses et les nuances parfaitement rendues. Les bois sont superbes et les soli de flûte ou de hautbois sont des moments très réussis. On regrette simplement que les cordes aient été un peu écrasées par une position en retrait et une direction qui, curieusement (Péter Barczi est violoniste), ne les mettait pas en valeur dans les équilibres.

Vox Luminis est un chœur d’excellence qui sait varier à plaisir les rythmes, les atmosphères et qui délivre une prestation sans faille. S’il ne fallait retenir qu’un exemple de cette excellence, on choisirait le Sanctus, imprégné de joie, parfaitement équilibré et de toute beauté. Mais c’est chaque intervention de Vox Luminis qui était une petite merveille, de bout en bout de l’exécution de la Messe en si, et sans aucun relâchement.

J’ai toutefois personnellement regretté que le choix artistique n’ait pas conduit à recruter des solistes susceptibles de rivaliser en niveau avec Vox Luminis et avec le Freiburger Barockorchester. De fait le choix de faire interpréter les parties solos par des choristes a un peu nui à l’exécution d’ensemble même si la prestation de Victoria Cassano dans le Qui Sedes était vraiment très belle et malgré le superbe Agnus Dei de William Shelton, très inspiré et absolument bouleversant.

Ces choix esthétiques renouent avec la tradition et on y retrouve probablement, au prix d’une moindre virtuosité, une homogénéité d’interprétation plus grande. Le public a chaleureusement et longuement salué cette prestation fort réussie.

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