Kleine Abendmusik – Exclamatio Consort

Cantates intimes, de Schütz à Bach

Pour cet avant-dernier concert de la troisième édition du festival May be Bach, les bancs de la chapelle de l’Hôtel-Dieu sont complets ! Que dire de plus sur Bach qu’on ne connaisse déjà ? Si vous vous posez cette question, légitime, ce festival est pour vous ! La force des Saôneurs est de proposer un festival sur la figure de Bach, qui met en avant ceux qui l’ont inspiré et ceux qu’il a inspirés. Durant tout le mois de mai, le festival propose un large spectre autour de cette figure centrale qu’est Jean-Sébastien Bach ! Le bureau du jour baigne dans une belle lumière qui concentre tous les regards. En son cœur, ce grand orgue positif en bois d’esthétique XVIIe. Ce concert, dans un style fantastique, fait la jonction entre la Renaissance et le baroque. À l’image des valeurs du collectif, telle la musique qui circule au-delà de ses frontières, les artistes viennent de différents pays : Allemagne, Chine et France. « Vous le voyez, les Saôneurs aiment accueillir leurs amis de par le monde ». À l’aube de cette troisième édition, Jérôme Verghade, comédien et régisseur, annonce d’ores et déjà qu’il y aura une quatrième édition du Festival May Be Bach, le rendez-vous est pris pour 2027 !

Le concert débute par une belle ligne claire de l’ensemble, rejoint par la belle voix du jeune contre-ténor Arnaud Gluck. Sa voix se marie très bien avec ce répertoire et embrasse littéralement tout l’espace de la chapelle. Il dispose d’une très belle élocution avec de beaux aigus légers et des graves sensibles. Sa voix s’inscrit dans la prolongation des notes des musiciens. L’ensemble musical est équilibré et saisissant. Il est remarquable de voir comme les lignes des deux violonistes, Yann Ma et Charlotte Gerbitz, se distinguent l’une de l’autre.

« La musique de ce soir, nous dit Julius Lorscheider, reflète des paroles universelles, avec des émotions personnelles et fortes. Les compositeurs allemands du XVIIe siècle ont beaucoup utilisé ces formations, le petit concert spirituel : une voix accompagnée de quelques instruments ». La lumière de ce soir transforme cette chapelle des Hospices civils de Lyon, en cours de restauration, en un véritable écrin de velours avec cette lumière violette duveteuse qu’on a envie de toucher à main nue. Soulignons la dextérité dont fait preuve Louise Bouedo, membre fondatrice des Saôneurs, à la viole de gambe. Dans ce long mouvement de Philipp Heinrich Erlebach, elle suit la mélodie de l’orgue avant d’entrer en dialogue avec le violon. Ce dernier, par ses attaques, se détache du trio et donne une perspective au mouvement. La sonorité de l’orgue au commande de Julius Lorscheider est remarquablement douce et participe à merveille à cet écrin de velours produit par ce jeu de lumière. L’orchestration est puissante et harmonieuse. Ce concert est de ces expériences qui, le temps d’un instant, vous font passer dans un autre espace-temps.

© Dimitri Morel

Avec son mouvement Was betrübst Du Dich, meine Seele, le compositeur Christoph Bernhard sait rendre compte de ces temps troublés de la guerre de Trente Ans. Il le souligne dans son œuvre par l’utilisation de trilles précisément sur le terme betrübst, ici magnifié par la belle diction du jeune contre-ténor.

Ce concert est l’occasion pour l’ensemble Exclamatio Consort de mettre en valeur tous les artistes de sa formation. Le mouvement dédié à Dietrich Buxtehude est joué avec deux instruments, orgue et viole de gambe. La mélodie est très belle et elle exploite toute la richesse de ces deux lignes musicales. Ce qui est intéressant dans ce concert, outre la richesse du programme et la qualité des artistes, c’est la diversité des formations sur scène. Cette attention donne un regard et une puissance à l’ensemble du concert. Aussi, cela participe à raison des émotions diffusées, comme ce fut le cas avec l’œuvre de Telemann, incarnée avec beaucoup de saveur entre la voix du contre-ténor A. Gluck et celle de Y. Ma au violon.

La cantate de Bach BWV 54 est interprétée avec un rythme saisissant, agréable et moderne. On assiste à un beau jeu de dialogue entre les différentes lignes musicales soutenues par l’orgue. Le public, à l’écoute attentive, capte bien la tentation des sirènes, interprétée par les deux violons. La diction du chant allemand est particulièrement agréable et marque bien les intonations de cette belle langue. L’œuvre est l’occasion pour ce jeune artiste de montrer toute l’étendue et la délicatesse de sa voix. Étonnamment, le mouvement de l’orgue me rappelle l’album The Serpent’s Egg du groupe Dead Can Dance. La force des Saôneurs, par leur programmation, tient aussi dans cette capacité à proposer des concerts qui convoquent des imaginaires collectifs et individuels.

Les applaudissements sont au rendez-vous pour ce magnifique concert, avec des œuvres émouvantes. Un programme original tant dans sa composition que par l’univers dans lequel il plonge le public.

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