Les Italiens à Londres – Carlo Vistoli

Une parfaite complicité

Le public était très nombreux dans le cadre somptueux de la basilique Saint-Sauveur. Le programme proposé par Carlo Vistoli mêlait des airs d’oratorios de Haendel écrits pour castrats, issus de son nouvel enregistrement et des airs d’opéras composés dans la même période par Haendel pour les mêmes chanteurs, au premier rang desquels l’illustre Senesino, créateur de Jules César, de Radamisto et d’Orlando. Mais on retrouve également dans ce programme des airs créés par Carestini (Alcina), Guadagni, Bernacchi et Andreoni.

L’accompagnement était assuré par Les Accents, qui ont donné une très belle prestation avec des cordes superbes emmenées et sublimées par le talent de Thibault Noally, au violon et à la direction. Les deux pièces instrumentales du programme sont été magistralement interprétées, avec un petit coup de cœur pour le Fuga e Grave de Hasse, même si le rare Concerto RV 316 de Vivaldi était un moment inspiré et particulièrement élégant. Plus globalement, le soutien talentueux et complice apporté par Les Accents et leur chef à Carlo Vistoli a été un ingrédient essentiel du succès de cette soirée

Du très grand talent de Carlo Vistoli, tout, ou presque, a déjà été dit. Cette soirée a ainsi fait une fois de plus la démonstration de sa technique qui semble infaillible et de sa superbe musicalité. Il faut y ajouter pour cette soirée une ferveur et une intensité dramatique, soutenues bien sûr par le cadre de la basilique Saint-Sauveur, mais qui reposent aussi sur un travail dramatique et vocal remarquable.

Le ton était donné dès les deux premiers airs, extraits d’oratorio, dans lesquels le timbre charmeur, naturel, enveloppe l’auditeur dans un univers d’émotion et de recueillement avant que Carlo Vistoli nous stupéfie avec un Fammi combatterre d’anthologie, tant la puissance virile de l’appel aux armes et la gestion des vocalises était excellentes.

On assistait ensuite à une démonstration de legato et de modulations du phrasé dans Ombra cara de Radamisto, puis avec l’air de Joad extrait dAthalia, à une prestation d’une immense agilité avec une approche soignée et virtuose des ornements.

Après une courte pause destinée à permettre aux musiciens et à l’interprète de se rafraîchir un peu (la chaleur étant très importante dans la basilique), on a pu écouter trois extraits d’oratorios, alternant un Great God (Belshazzar) d’une beauté aérienne, Piu bella spogia (Deborah) très chantant et inspiré, et une interprétation rendant justice à la spiritualité de The raptur’d soul (Teodora).

Le concert s’est conclu par un très émouvant Mi lusinga il dolce affetto (Alcina) et le célèbre Furibondo (Partenope) aux ornementations ciselées et d’une parfaite élégance. Et en bis Se un fiorito ameno prato (Giulio Cesare) mettant en valeur les talents conjugués de Carlo Vistoli et Thibault Noally, magnifiquement complices.

Un superbe concert donc, amplement et longuement salué par un public enthousiaste. Une fois de plus, Carlo Vistoli nous a séduit par la beauté naturelle de son timbre, l’homogénéité des registres, un choix parfait des ornements, une musicalité profonde. Au long des années, il fait preuve d’une intensité dramatique de plus en plus évidente et s’affirme comme probablement le meilleur contre-ténor de ces temps. Son enregistrement Haendel’s italians (avec Le Concert d’Astrée, dirigé par Emmanuelle Haïm chez Harmonia Mundi) est absolument captivant et devrait figurer dans la discothèque de tout amateur du baroque.

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