Les émotions baroques de Sami
Ce temps en famille, à destination des enfants à partir de 4 ans, est un concert tout en pop-up et en musique, une histoire au fil des émotions. En ce dimanche matin, la salle se remplit progressivement. Beaucoup de monde et de jeunes enfants avec leurs parents sont au rendez-vous. C’est une véritable force de la part du Festival d’Ambronay de proposer ce format autour de la musique ancienne à destination des plus jeunes et de voir le public au rendez-vous. Lors de la conférence de presse en mai dernier ( à retrouver ici) il était question, à raison, d’éveiller les oreilles des plus jeunes. Isabelle Battioni directrice du festival, et Mariane Roche-Lecca, directrice du pôle territoire et participation, insistaient sur cette dimension chère au festival « il est important de mettre du beau dans les jeunes oreilles ». Au premier concert La Lampe d’après Aladin (voir mon compte-rendu) succède ce second opus. Un défi réussi présenté dans la catégorie « en famille » et suivi par un court échange pédagogique avec les enfants avides de questions.
Ce concert onirique s’ouvre sur une recommandation à destination des plus grands : laisser leur téléphone éteint et au fond de leur poche, « ça vous fera du bien également». Le concert débute par une savoureuse mélodie, celle d’une machine à écrire accompagnée d’instruments à vent et de percussions. Ce mouvement très doux et véritablement apaisant se révèle idéal pour faire entrer les plus jeunes dans l’univers de la compagnie ChahUt-BohU et les intempéries de Sami. La sonorité si unique de cet outils du quotidien évoque le concert de Leroy Anderson. Son œuvre The Typewriter, interprétée en 1950 avec le Boston Pops Orchestra, transforme les touches et le chariot en une mélodie des plus comiques, notamment par la répétition des gestes. Sa pièce, novatrice et inspirante, apparaît dans le film de Jerry Lewis, Un chef au rayon explosif (1963), et a été adaptée pour devenir le thème de l’émission satirique The News Quiz de la Radio 4.
Au centre de la pièce trône un premier grand livre. Victoria Morel, à qui l’on doit tout ce beau récit, véritable fil rouge et merveilleuse conteuse, déploie les aventures de Sami. Dans sa maison, le vent s’invite et renverse toutes les feuilles sur lesquelles Sami couche ses idées, il doit écrire une histoire dont il ne connaît pas la fin. Face à ce tohu-bohu, notre jeune écrivain prend son café et se remet au travail derrière sa machine à écrire, mais la tempête de vent, à l’image de celle qu’il a dans ses pensées, en a décidé autrement. Chaque jour de la semaine donne lieu à une situation, une série d’émotions savamment mises en jeu et en musique sur des airs baroques. Ce conte est une belle mise en mots et en jeux des émotions de Sami, qui traverse tout son logis.

Disons-le, ce grand livre de la vie de Sami est un média parfaitement adapté pour raconter cette histoire et capter l’attention des plus petits. Créé de toutes pièces par Victoria Morel, il recèle des trésors par de subtils jeux de coulisses, de superpositions et de lumière. L’histoire défile de page en page, avec une musique baroque qui s’invite à merveille dans cet aventure pour enfants. Elle est véritablement en appui aux péripéties de Sami et de ses émotions. Arrive alors la voisine de Sami : c’est Camille, qui sent bon la camomille. Elle ouvre les rideaux pour que la lumière du soleil entre dans la vie de Sami. Un moment très poétique avec une intelligence narrative et une diversité musicale des plus impressionnante. La boîte aux lettres reçoit du courrier, mais elle décide de jouer à cache-cache avec Sami. Un moment comique qui fera rire aux éclats les enfants. C’est Camille et sa délicieuse odeur de camomille qui lui a écrit : « Samedi, c’est mon anniversaire ». Camille propose alors à Sami de l’accompagner, elle lui fait un bisou sur la joue et tout l’appartement se met en fête. Le soleil jaillit, Sami peut écrire la fin de son histoire, les enfants rient.
Sur scène, Victoria est très présente, elle occupe tout l’espace visuel. Ce conte pour enfant est accompagné d’un répertoire composé uniquement d’œuvres baroques joué par Xavier Marquis et Nicolas Mary. Ils accompagnent pleinement l’histoire, les œuvres font pleinement partie de ce concert avec des œuvres de Telemann, Bach, Leclair, Rameau et tant d’autres. Ici et là on entendre des enfants et des grands enfants dire à voix basse « je connais cette musique ». Les musiciens usent pendant tout le concert de nombreux instruments, dont certain à vent tels que le basson baroque, des flûtes à bec (basse et sopranino) et à coulisse, la clarinette, ou encore le duduk. D’autres instruments se mêlent à l’expérience musicale telle que les percussions (grosse caisse, tambourin…) ou encore la guitare, les grelots, la guimbarde.
Une histoire très douce qui n’aura pas manqué d’émerveiller les petits et les plus grands.
Les artistes remercient chaleureusement le festival ainsi que les équipes techniques, «qui font l’autre moitié du festival ». Suivi d’un temps pédagogique d’échange, la Compagnie propose également, l’après-midi, un atelier Crankie box, pour créer un paysage sonore, le tout dans une boîte avec une bande de papier illustré qui raconte une histoire.

