David Stern et Opera Fuoco présentent Hercules à Vienne
Beaucoup de haendéliens passionnés jugent que les oratorios en anglais du Caro Sassone ne sont pas à la hauteur de ses opéras en italien. Cela n’a pas dissuadé l‘ensemble Opera Fuoco, dirigé par David Stern (fils du célèbre violoniste Isaac Stern), de proposer pour cette saison du Theater an der Wien une version concertante de Hercules. Au vu de l’accueil enthousiaste du public envers ce Musical drama, on peut penser que même les éventuels sceptiques présents semblaient pleinement convaincus.
L‘histoire de Hercules est assez cruelle et manque pas d‘ironie : l‘homme plus fort du monde (ou de tout l‘univers entier), le grand héros, archétype même du héros antique, tombe victime de la folle jalousie de sa femme, Déjanire. Celle-ci soupçonne (à tort) une histoire d‘amour entre son mari et Iole, princesse de Oechalia. Pour faire revivre la passion conjugale, elle envoie à Hercule un vêtement qu’un Centaure mourant lui a donné à cette fin. Elle ne devine pas que cette tunique constitue l‘instrument de la vengeance posthume du centaure Nessus, tué par son mari : en revêtant cette étoffe, Hercule meurt empoisonné, brûlé vif. Quel fin ! Quand Déjanire découvre cette tragédie, elle est prise par d’immenses remords… ce qui fournit le prétexte à un des airs « de folie » les plus extraordinaires de l‘histoire de l‘opéra et une des plus belles arias que Haendel ait jamais écrite.
Avery Amereau se montre complètement à la hauteur de ce défi presque insurmontable. Sa voix de contralto est chaude, agile et érotique et elle exprime ses déchirements d‘âme avec une telle intensité (et aussi par ses mimiques), qu‘on tomberait à l‘instant amoureux d‘elle… si on ne savait pas de quelle folie meurtrière elle est capable.
Sa rivale amoureuse, la Iole de Thaïs Raï-Westphal, se montre tout aussi à la hauteur, même si le rôle est plus court. Nous avons aussi apprécié le ténor Bastien Rimondi dans le rôle d’Hyllus, fils d’Hercule.
Seul Edwin Crosseley-Mercer déçoit un peu dans le rôle-titre d’Hercule, parce qu‘il chante toujours très (trop) fort à notre goût.
David Stern enfin dirige son ensemble Opera Fuoco et le Chœur de Chambre de Namur avec une grande sensibilité et beaucoup d’attention aux détails – sans jamais perdre le fil de la tension dramatique de la partition.
Cette production constitue une bonne raison de plus de reconsidérer les oratorios anglais du Grand Maître.

