Les amours d’Apollon
Ce concert du samedi à l’heure du déjeuner, offert par la ville de Herne et plus spécialement destiné au jeune public du festival, est animé par un ensemble composé de jeunes musiciennes. Basé à Cologne, le Ventus Consort rassemble quatre instrumentistes : une flûtiste,une violoniste, une violoncelliste et une claveciniste. Le programme a pour thème la sonate en trio, genre fondamental dans le paysage musical du XVIIIe siècle. Les pièces choisies émanent d’un large éventail de compositeurs, du XVIIe siècle (Van Eyck et Cavalli), du XVIIIe (Haendel, Platti et Telemann) jusqu’au contemporain Jonathan Keren. Entre elles s’intercalent des lectures de textes relatives au mythe antique d’Apollon et Daphné. Ce mythe grec est ancien, il comporte plusieurs variantes ; la version la plus connue est celle rapportée par le poète romain Ovide dans ses Métamorphoses.
Pour se venger d’Apollon qui s’est moqué de lui et de ses flèches, Cupidon lui décoche une flèche en or afin de le rendre amoureux ; il décoche également une flèche, en plomb cette fois, à Daphné pour la dégoûter de l’amour. Celle-ci fuit donc Apollon, qui la poursuit de ses assiduités. Lorsque le dieu est sur le point de la rattraper, Daphné demande à son père Pénée, dieu-fleuve de Thessalie, de lui porter secours. Celui-ci la métamorphose aussitôt en laurier. Surpris et déçu mais toujours amoureux, Apollon décide d’utiliser exclusivement ses feuilles pour orner ses cheveux.
Les morceaux sont enchaînés aux textes avec fluidité ; ils sont exécutés avec soin. L’éclairage à la bougie apporte une atmosphère intimiste qui favorise la concentration du public. Les textes sont lus tour à tour par chacune des instrumentistes, à partir de différents points de la scène, créant un sentiment de mouvement. Nous avons aussi noté des tentatives d’établir un lien plus direct avec le public et de détendre le climat quelque peu austère de ce concert, comme quand la violoniste Lilith Bodenkamp s’est assise sur le rebord de la scène, tandis que sa collègue Mona Grosam lisait un texte sur un accompagnement du violoncelle de Sofia Martin-Rodriguez.
Mais globalement il nous est apparu que ce concert, censé s’adresser essentiellement à un public nouveau, était étrangement dénué d’éléments de contexte au plan musical. Les morceaux ne sont pas annoncés, ce qui aurait peut-être, il est vrai, rompu leur enchaînement avec les textes. Mais ils ne figurent pas non plus dans le programme, ce qui ne permet pas de les repérer. Sauf à les connaître d’avance, ce qui n’est pas vraiment le cas des morceaux choisis. La raison de leur choix ou leur lien avec les textes récités auraient aussi à notre sens mérité des explications un peu plus développées. Au plan purement musical, nous aurions aimé entendre quelques éléments sur le genre de la sonate en trio et sur son évolution entre les compositeurs des différentes époques. De notre (petite) expérience en ce domaine, nous retenons en effet que le public qui découvre la musique baroque est toujours friand d’éléments de contexte, y compris musicologiques, lorsqu’ils sont explicités dans des termes simples et accessibles. Ceux-ci auraient sans doute permis de mieux apprécier les parties instrumentales, qui ont été comme on l’a dit plus haut rendues avec soin. Mais tel n’était visiblement pas le parti de cette production montée avec le concours de l’Institut für Alte Musik der Hochschule für Musik und Tanz Köln (département de musique ancienne du conservatoire de musique et de danse de Cologne).
Le spectacle a cependant été chaleureusement applaudi ; après plusieurs rappels, les jeunes musiciennes nous ont donné un brillant Badinage de Jean-Marie Leclair (1697-1764), lui aussi fort apprécié du public.

