Feux, fugues et fugaces adieux
Le ciel de Halle menaçait de pleurer sur la dernière soirée du festival. Mais c’est le public qui a failli verser une larme d’émotion : malgré les caprices de la météo, les feux baroques ont bel et bien illuminé le ciel saxon, une demi-heure après l’horaire prévu. Sous les arbres de la Galgenbergschlucht, la magie a opéré.
Le programme, tel un éclectique carnet de voyage, nous a menés d’Alger aux palais de Rome, des abîmes persans aux mascarades de Vérone. Gioacchino Rossini ouvrit la soirée avec une pétillante ouverture de L’Italiana in Algeri, prélude léger à un parcours lyrique dont Haendel fut le fil rouge.
Beth Taylor, légèrement tendue dans Al lampo dell’armi (Giulio Cesare), s’est libérée dans le célèbre Non più mesta (La Cenerentola), qu’elle a livrée avec une énergie communicative. Nicolò Balducci, lui, nous a étonnés : dès le Come nube (Agrippina), il annonçait la couleur – vive, précise, brillante. Mais c’est dans Non lasciarmi in tal momento (Aureliano in Palmira), pour la première fois à son répertoire, qu’il a vraiment conquis le public, rivalisant de style avec les Fagioli, Mehta, Jaroussky et Schiavo, plongeant dans le belcanto sans filet.
Le duo Son nata a lagrimar (Giulio Cesare) fut l’instant suspendu de la soirée : voix mêlées, souffle retenu, larmes contenues. Et, ironie heureuse, le feu d’artifice musical de Destero dell’empia Dite (Giulio Cesare) fut bien mieux maîtrisé que ceux de Haendel lors de leur création en 1749.

L’Hallelujah du Messie, interprété avec ferveur, a remplacé le final de Strauss (retiré à cause de la pluie en répétition), suivi de toute la Musique pour les Feux d’Artifice Royaux (Royal Fireworks, HWV 351). Dans une inversion ingénieuse, les sections ont été jouées à rebours de leur ordre habituel– permettant à The King shall rejoice de clore la soirée au moment même où les premières fusées embrasaient le ciel. Éclairs pyrotechniques et cors jubilatoires saluaient ainsi la fin d’un festival compact, dense, triomphal.
Avant les premières notes, le docteur Alexander Vogt, maire de la ville, et le nouveau directeur du festival, Florian Amort, ont pris la parole. Le premier a salué la ferveur citoyenne, le second a annoncé le thème du festival 2026 : Mannsbilder – Helden, Herrscher, Herzensbrecher (Masculinités – Héros, souverains, séducteurs), promettant un regard croisé sur les masculinités baroques et contemporaines. Le Haendel-Festspiele Halle 2025 a été à la fois rétrospective, laboratoire et miroir. Loin de tout fétichisme historiciste, il a mis à nu un Haendel politique, amoureux, poétique et mutant. Un Haendel pour aujourd’hui. Et pour demain.

