La flûte enchantée de Sébastien Marq
En ouverture du concert, Paul Agnew rappelle que les concerts-cafés organisés dans le cadre du festival sont au cœur de la démarche de transmission portée par Les Arts Florissants. Il nous présente brièvement les interprètes réunis pour le concert-café de ce samedi matin : le flûtiste Sébastien Marq est entouré de deux jeunes instrumentistes ayant participé à de précédents coachings des Arts Florissants, Camille Sors (violoncelle) et Rafaela Salgado (clavecin). Toutes deux assurent la partie de basse continue dans des morceaux et transcriptions destinés à la flûte.
Le concert débute par une transcription pour flûte de l’ouverture du Rinaldo de Haendel. Sébastien Marq s’acquitte avec brio des redoutables trilles du premier mouvement, puis le mouvement lent s’épanche en de longues notes impeccablement filées ; ses deux jeunes acolytes nourrissent un continuo à la fois dense et onctueux.
Sébastien Marq commente ensuite le programme qui a justifié le titre du concert, Haendel chez soi. Les arrangements, notamment d’airs provenant des opéras étaient fréquents au XVIIe siècle. Ils étaient appréciés des amateurs, qui pouvaient ainsi reproduire chez eux des airs écrits pour des formations orchestrales, qu’il les aient ou non entendus lors d’une représentation (les places à l’opéra coûtaient cher…). Ces arrangements permettaient donc de faire entrer les airs d’opéras chez les particuliers et dans les salons littéraires et artistiques. Le flûtiste présente également le morceau suivant, en soulignant que cette Sonate n° 3 d’Arcangelo Corelli témoigne de l’engouement pour la flûte à cette époque.
Succédant au Prelude, la Courante au rythme vif mobilise l’agilité de Sébastien Marq sur son instrument, soutenu par une basse continue qui s’ajuste s’ajuste parfaitement à la rapidité de son jeu. Les notes longues de la majestueuse Sarabande permettent d’apprécier la longueur du souffle et l’impressionnante maîtrise de la respiration du soliste. La Gigue qui conclut la sonate confirme la qualité de la basse continue, que les deux instrumentistes exécutent de manière très soudée. On retient aussi au passage le moelleux du clavecin, dont les cordes sont pourtant mises à rude épreuve par l’humidité qui règne dans la petite église…
Pour l’arrangement des Feux d’artifice royaux de Haendel comme pour les deux mouvements de la Sonate n° 5 opus 1, Sébastien Marq s’empare d’une flûte traversière (également dénommée flûte allemande ou traverso). Il montre également également son excellente maîtrise de cet instrument, tout particulièrement dans l’Allegro de la sonate, au rythme sautillant.
Puis il nous présente le dernier morceau au programme de cette matinée, la Sonate pour flûte à bec en ré mineur. Il nous rappelle que le Caro Sassone était aussi professeur de musique de la famille royale britannique ; la sonate en question aurait été composée à titre d’exercice. « Et pour un exercice, elle est plutôt de bonne qualité ! » conclut le flûtiste. Il nous en offre aussitôt une démonstration éclatante : un Largo qui appelle une longueur de souffle impressionnante, un Vivace au rythme saccadé, un Furioso endiablé, succession virtuose de notes brèves, avant un Andante apaisé et le dansant Tempo di menuet final.
Le public qui emplit la petite église de Saint-Juire-Champgillon salue la fin du concert par de chaleureux applaudissements. Puis il accompagne en nombre les instrumentistes dans la salle municipale voisine, comme il y avait été invité par Paul Agnew lors de la présentation du concert. Autour d’un café, les participants peuvent ainsi échanger de manière informelle avec les artistes. De leur côté, ceux-ci apportent des explications sur la musique baroque et la pratique de leur instrument. Au sein de ces échanges, nous avons particulièrement apprécié la présentation claire et tout à fait accessible de la basse continue par Camille Sors et Rafaela Salgado. Des échanges qui donnent visiblement au public l’envie de revenir, si l’on en juge par le succès de ce type de concerts.

