Petite parenthèse enchantée à Equemauville
Lorsque la musique dite « sérieuse » prend des vacances, elle offre des moments magiques. Expérience que nous avons vécue cet après-midi du 26 juillet, en l’église Notre-Dame-de-Grâce située à la périphérie d’Equemauville, sur les hauteurs de Honfleur (Calvados).

La musique de la Renaissance avait choisi pour cadre une ravissante petite chapelle construite au début du XVIIème siècle par les bourgeois et les marins de la ville de Honfleur. Ses murs sont recouverts d’ex-voto marins tandis que des bateaux votifs ornent le plafond du chœur rappelant que la mer nourricière peut être une mer périlleuse.
Quatre représentants de l’ensemble InAlto y avaient donné rendez-vous pour une « Petite Promenade à la Renaissance ». Destinée aux enfants, elle était « d’autant plus ouverte aux adultes que peu d’entre nous sont familiers des cornets à bouquin et des sacqueboutes ». De fait, le public venu au rendez-vous était composé de quelques jeunes enfants, de leurs parents et de curieux ou passionnés à têtes grises. Un public et des interprètes venus d’Angleterre et de France, dans une merveilleuse communion au son cuivré des instruments anciens.
Mais attention. Il ne s’agit pas d’un concert dans lequel les auditeurs écoutent religieusement des artistes. Ici, artistes et public sont en osmose. Les uns soufflent ; les autres arrêtent leur respiration. Puis, le dialogue s’engage.
D’abord, pour permettre au public d’aller à la rencontre des instruments. Lambert Colson se lance. Avec une simplicité teintée d’humour, il présente son compagnon : le cornet à bouquin.

Puis vient le tour des trois sacqueboutes. Lambert Colson insiste sur le parallèle avec les voix que ces curieux instruments ont d’abord eu pour vocation de doubler ou d’imiter. De fait, leurs différentes tailles correspondent aux différents registres vocaux. Plus ils sont gros, plus ils sonnent dans ces graves ténébreux que façonne Bart Vroomen ; plus ils sont petits, plus ils sont proches du soprano qu’aiguise Guy Hanssen. Les explications, claires, parfois illustrées, toujours au niveau du plus petit dénominateur commun (les enfants) sont données dans les deux langues. Une obligation à laquelle veille Charlotte Van Passen (sacqueboute ténor).

Entre basses danses (ainsi appelées pour éviter que les jupes des femmes ne se lèvent trop haut, plaisante Lambert Colson) de la Renaissance et œuvres plus élaborées de la période baroque, divers échantillons ravissent les oreilles des grands et subjuguent les plus petits : musiques de cérémonies municipales (celle des Stadtpfeiffer de Leipzig), musiques de tours (Turmmusik) diffusée depuis les clochers, musiques sacrées (deux admirables chorals harmonisés dont le cornet chante la mélodie que les cuivres illuminent de leurs ornements).
Les grands interprètes ne sont pas oubliés. Parmi les plus connus : le franco-flamand Thomas Créquillon qui anime la chapelle de Charles-Quint (1500-1558) ou Gottfried Reiche (1667-1734), le trompettiste de Johann Sebastian Bach (1685-1750) qui mourut, explique Lambert Colson, pour avoir soufflé trop fort dans son instrument.

Moment savoureux, celui où Bart Vroomen explique comment sont nés les instruments à vent. Les premiers sont des coquillages ou des tiges de roseaux. Pour illustrer son propos, il réalise une extraordinaire expérience : tirer les sonorités d’un cor de chasse d’un simple tuyau d’arrosage équipé d’une vuvuzela (sorte de corne qui surchauffe les tribunes lors des matchs de football). Jusqu’à entonner le Te Deum de Marc-Antoine Charpentier (1643-1704) avec un tuyau d’arrosage ! Enthousiasme du public garanti.

Une bonne heure de joyeuses découvertes d’instruments et de musiques anciens qui s’achève sur un échange avec la salle. Plusieurs questions ouvrent des horizons nouveaux. Comme si la découverte ne tolérait pas de fin. Puis le public se mêle aux artistes pour scruter les instruments, obtenir une explication sur une curiosité… et remercier chaleureusement un groupe de quatre merveilleux artistes manifestement heureux de faire connaître leur art, leurs instruments et leur répertoire. Répertoire qui n’est d’ailleurs pas confiné à la musique qualifiée « d’ancienne », répond Lambert Colson. Par ailleurs, pour ceux dont les pieds fourmillent, il y a bientôt bal à Beaumont-en-Auge. On pourra y « faire nos premiers pas de basse-danse en cortège » au son des cuivres et des cornets.

Un dernier mot pour saluer le programme du 31ème festival itinérant au cœur de la Normandie auquel convie Sébastien Daucé. Une promenade musicale ouverte le 13 juillet par le Britten youth string orchestra pour s’échauffer dans un programme de « prélude et fougue ». Récital de piano donné par Aline Piboule suivi, le 24 juillet, par L’histoire de Babar, le petit éléphant sur une musique de Francis Poulenc (1899-1963). Plus avant, Nathalie Dessay donne de l’éclat aux comédies musicales. Cinéma-musical à Pont-L’Evêque. Match opposant Antonio Vivaldi (1678-1741) à Joseph Haydn (1732-1809) arbitré par Julien Chauvin.
Un programme qui, à l’heure où nous écrivons, poursuit son parcours éclectique (voir le site du festival Promenades musicales du pays d’Auge) : découverte des cordes anciennes ou de la viole de gambe, pièces pour orgue de Bach transcrites pour cornets et sacqueboutes, sonates des Scarlatti et Truite de Schubert, la viole française du XVIIème au XXIème siècle ou les Cantates de jeunesse de Bach, le chant des oiseaux de la Renaissance ou les musiques nomades d’Indonésie et d’Amérique, le chant portugais ou les polyphonies féminines de Ferrare, les incontournables Variations Goldberg transposées pour flûtes, violon, viole de gambe et clavier ou le jazz cubain. Et bien d’autres possibilités de découvertes que nous offre ce voyage musical en pays d’Auge.
Un rendez-vous que nous notons d’ores et déjà sur nos agendas 2026 pour la 32ème édition des Promenades musicales.

