Humilité et méditation
C’est toujours un plaisir de pénétrer dans cette chapelle désacralisée de La Trinité à Lyon. Au centre de l’édifice, le clavecin, magnifique, trône sur une estrade baignée d’une fine lumière. Elle sublime la marqueterie dorée de l’instrument. L’intérieur du couvercle est tout aussi remarquable, peint dans un rouge saisissant. Camille Chabanon, co-directrice de La Trinité, présente le programme d’hiver Chapelle minimaliste autour du compositeur Erik Satie. Cet évènement se conclura par le concert Bach on the beat du Concert de l’Hostel Dieu nous précise François Mardirossian, conseiller artistique à La Trinité, avant de présenter l’artiste de ce soir : « Jean Rondeau, un des plus grands musiciens de sa génération ! ». A l’image de son album The complete Works, sorti en novembre dernier, le concert de ce soir est un hommage à Louis Couperin, accompagné des œuvres de son neveu François Couperin, de Jean-Philippe Rameau et du très original Pancrace Royer. Pour l’exécution de ses œuvres, ce dernier confiait s’en remettre au goût de celui qui les interprète. Une confiance que Jean Rondeau a pleinement maîtrisée ce soir.
Les cheveux attachés en chignon, habillé sobrement, tout en noir, l’artiste prend place. Le silence règne, les premières notes résonnent, lentes et légères, elles se détachent les unes des autres. La ligne est claire ; les cordes pincées se suivent avec fluidité. Ici où là, qui tend l’oreille repère le style de l’artiste. Ses notes, riches et dynamiques, jouées avec légèreté, forment un tout d’une sonorité très plaisante à l’oreille. Derrière son instrument, le corps de l’artiste s’anime à la manière d’une légère respiration, une présence modeste et humble. Son doigté, remarquable, fait vibrer les notes d’une façon saisissante. Les œuvres se succèdent entrecoupées d’une très légère respiration. C’est un véritable temps de méditation que nous offre l’artiste ce soir, loin des tumultes du quotidien. On pourrait s’interroger sur ce qui attire un public aussi nombreux pour écouter cet instrument. La force de Jean Rondeau est de transporter les œuvres qu’il interprète jusque dans notre époque contemporaine. On pourra toutefois regretter l’absence de présentation et d’annonce des œuvres.

Le concert se termine avec La Marche des Scythes de Pancrace Royer. Véritable signature de l’artiste, c’est grâce à ce mouvement que j’ai découvert l’artiste et l’instrument. Une interprétation toujours aussi dynamique et contemporaine. Les lumières illuminent la salle, les applaudissements pleuvent. Jean Rondeau revient sur scène pour un premier bis où les sonorités de son instrument résonnent comme celles d’une harpe. Les applaudissements résonnent à nouveau, il rejoint son clavecin pour un second bis. Il faudra cette fin de concert pour entendre sa voix : « Il paraît qu’on est dans un festival de musique contemporaine. Là c’est un morceau de Couperin qui s’appelle Dodo » ce qui provoque les rires du public. Il y ajoute de très belles variations à l’œuvre qui se transforment progressivement en un orage de notes saisissantes et qui fascine le public. Les notes pleuvent en masse puis reviennent au rythme initial du mouvement. Il se termine sur un tempo lent, semblable aux premières notes du concert.

