Alcina – Haendel


Une Alcina à demi-envoûtante

La scène du Teatro Costanzi se transforme en un écrin baroque aux teintes feutrées, accueillant la nouvelle production d’Alcina de Haendel, confiée à la direction sobre et méticuleuse de Rinaldo Alessandrini. La promesse était grande : une distribution vocale solide, une scénographie soignée, et un opéra parmi les plus fascinants du répertoire baroque. Le résultat ? Un spectacle en demi-teinte, alternant éclairs d’enchantement et longueurs statiques.

La mise en scène de Pierre Audi opte pour une esthétique presque muséale, où la magie de l’île d’Alcina semble figée dans un songe statique. Le décor, d’abord somptueusement baroque, se soulève littéralement au troisième acte pour révéler la nudité du bois, métaphore efficace du désenchantement. Pourtant, cette idée ne suffit pas à dynamiser une action globalement immobile, où les chanteurs restent trop souvent plantés au centre du plateau, de manière peu inspirée.

La direction d’acteurs peine à construire de véritables tensions scéniques : tout repose sur la vocalité. Heureusement, Mariangela Sicilia, dans le rôle-titre, déploie un chant d’une belle richesse expressive. Elle manque cependant de hardiesse dans les sommets émotionnels – son Ah! mio cor, chanté seule sur scène avec une chaise comme unique partenaire, frôle le minimalisme dramatique.

À l’inverse, Carlo Vistoli campe un Ruggiero de grande classe, maîtrisant avec brio les défis vocaux, notamment dans Sta nell’Ircana, galvanisé par une cadenza brillante et une trompe baroque vigoureuse. Son Mi lusinga il dolce affetto fut un des moments les plus aboutis de la soirée, autant sur le plan musical que dans l’engagement physique.

Mary Bevan livre une Morgana espiègle et vocalement assurée, particulièrement convaincante dans Tornami a vagheggiar, où les coloratures s’envolent avec légèreté, en dépit d’une scène figée. Adolescent surexcité dans cette mise en scène étrange, Anthony Gregory peine en revanche à convaincre dans le rôle d’Oronte, manquant de projection et d’impact scénique.

Mention spéciale pour le passage d’Ombre pallide, magnifié par une chorégraphie subtile avec des ombres mouvantes projetées sur les voiles. Ce fut l’un des rares moments où la scène s’est véritablement animée, laissant place à la poésie baroque dans toute sa puissance visuelle.

Le chœur, placé dans les galeries latérales, résonne à merveille, contribuant à créer une atmosphère de labyrinthe sonore, presque surnaturelle.

Enfin, on notera des coupes regrettables dans les scènes IV et V du troisième acte, qui privent le drame de sa résolution progressive. La belle aria Barbara, io ben lo so, attribuée à Oberto, a hélas été amputée de son potentiel narratif.

Ce fut une Alcina élégante mais sage, vocale mais figée, belle mais incomplète. Un enchantement partiel, porté par les timbres soyeux et l’architecture musicale de Haendel, mais qui aurait mérité une mise en scène plus audacieuse et vivante.

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