Des Saisons séduisantes et accessibles
Dès sa première saison à la tête d’Angers-Nantes Opéra, Alexandra Lacroix bouscule les habitudes de l’institution avec de nouvelles propositions de remarquable qualité. Elle initie notamment un festival à destination du jeune public, intitulé Op’ en famille qui réunit cinq spectacles visibles sur les deux sites de l’institution – et même en déambulation le long de la Loire – tout au long du mois d’octobre.
Les Quatre Saisons dansées du Concert de la Loge tournent depuis 2023 sans que leur succès ne se démente : Après Nantes à la fin du mois, Liepaja en Lettonie ou encore Namur et Saint Etienne, elles auront les honneurs d’une large tournée germanique d’ici le printemps et même une date au Théâtre des Champs Elysées en mai prochain.
Cette version s’avère effectivement formidablement séduisante, accessible dès le plus jeune âge, mais adaptée à tout public. Julien Chauvin – violon solo – s’approprie les pages si célèbres avec une large palette de couleurs, jouant des ralentis, des silences ou des accelerando. Chef d’orchestre, il fait son miel de l’expressivité proverbiale d’Antonio Vivaldi, dans une célébration joyeuse idéalement complétée par la chorégraphie de Mourad Merzouki. Si le compositeur italien avait pris soin d’associer ses concertos de poésies pastorales sans doute de son cru, ici le propos visuel n’est plus strictement celui de la nature et hormis quelques éclairs, la narration appelle avant tout aux affects humains servis par sept jeunes danseurs de la Compagnie Käfig rompus au hip-hop.
L’association entre street danse et musique baroque n’est certes pas nouvelle ; chacun se souvient des Indes Galantes à l’ONP et Jakub Orlinski y a encore brillé cette semaine dans Semele à Munich. Ceci dit, la combinaison s’avère d’une redoutable efficacité, d’autant plus que les interactions entre musiciens et danseurs sont ici incessantes. Tous pieds nus, pareillement costumés de tenues contemporaines aux couleurs chaudes, ils semblent constamment dialoguer, se donner le tour, illustrer ou prolonger le propos des uns ou des autres. Les danseurs, alternant solos, duos, quatuors ou tutti constituent un parfait écho aux musiciens et donnent corps ainsi à l’innovation du vénitien, jalon précieux du concerto grosso au concerto pour soliste. Un thème repris musicalement amène le retour d’une même phrase chorégraphiée, les mélismes du violon appellent d’ambitieuses acrobaties tout comme la précision du travail rythmique des uns, leur art du contretemps, du contrepoint, correspond à ceux des autres.
Les célébrissimes concertos sont enrichis d’autres pages du Prêtre roux afin d’arriver à un programme roboratif d’une heure quinze. Le Concerto en si mineur pour 4 violons, par exemple, où quatre danseurs répondent aux quatre violons en avant scène, entre hypnose et complicité, illustre bien l’écoute et la symbiose qui président à cette création.

Cette unité de discours scénique et musical compose une ode à la vie structurée autour des Quatre Saisons interprétées avec nuances, subtilité où les cordes graves texturent superbement l’ensemble quand les pupitres aigus offrent des traits d’autant plus virtuoses que les tempi sont allants. L’on ne sait qui des musiciens ou des danseurs déploient le mieux leur art des atmosphères, mais sous les superbes lumières de Cécile Trelluyer, tour à tour mystérieusement nocturnes chaleureuses ou poétiques, le spectateur se laisse emporter dans un tourbillon d’émotion sans aucune sensation de lassitude ou de déjà vu. Le public d’ailleurs, ne s’y trompe pas qui offre une standing ovation aux artistes pour clore la représentation.
Les Quatre Saisons dansées sont à retrouver le 28 octobre prochain au théâtre Graslin de Nantes, tandis que le festival poursuit sa route avec, en particulier La Petite Balade aux enfers, d’après Orphée et Eurydicede Christoph Willibald Gluck : opéra et marionnettes y raconteront les pérégrinations d’Orphée, les 16 et 17 octobre à Angers, les 23 et 24 à Nantes. Valérie Lesort a crée ce spectacle à l’Opéra-Comique en 2019. Sur le même concept, nous avions découvert l’an passé son hilarant Voyage de Gulliver au théâtre de l’Athénée, l’affiche est donc plus que prometteuse.

