La Lampe, d’après Aladdin – Collectif Ubique

Aladin, raconte moi une histoire…

Comment raconter une histoire connue de tous tout en captivant l’œil et l’attention des enfants ? Avec sa nouvelle création, La Lampe, d’après Aladdin, leCollectif Ubique (voir le site), fondé en 2012, nous fait voyager jusqu’au Moyen-Orient d’où est issu ce conte. Récit transmis à l’oral durant des générations, il circule jusqu’en Europe grâce à la traduction d’Antoine Galland (1646-1715). Ses nombreux voyages amènent ce dernier à transcrire plusieurs récits, rassemblés dans un manuscrit intitulé Mille et Une Nuits. Cette œuvre autour du conte d’Aladin offre également une très belle place à la musique baroque ; en témoignent les extraits savamment glissés dans le spectacle. L’œuvre de Jean-Sébastien Bach m’évoque instantanément les voyages d’Aladin sur son tapis volant. Ce mouvement, ici assuré par la violoniste Audrey Daoudal, est de ces œuvres enivrantes et vives qui pourraient être jouées en permanence. Aussi, celle de Robert de Visée, véritable découverte, ici interprétée au théorbe par Simon Wadddell, s’inscrit parfaitement dans le paysage des Mille et Une Nuits. Son rythme lent se prête à merveille à la réflexion, à la quête intérieure teintée de ces magnifiques notes graves.


En ce dimanche matin, il y a beaucoup de monde et les rangs comptent de nombreux enfants accompagnés de leurs parents ou de leurs grands-parents. Cette quatrième création du Collectif Ubique, proposée aux enfants à partir de 8 ans, fait partie des événements « en famille » proposés par le Festival d’Ambronay. Durant cette parenthèse enchantée d’une cinquantaine de minutes, les adultes sont invités à ne pas regarder leur téléphone. Il est demandé aux enfants de rester calmes et de canaliser leurs émotions pour les applaudissements en fin de représentation.

Autrefois, le monde comptait de nombreux magiciens, leur mission consistait à « émerveiller » le monde, à entretenir le merveilleux pour rendre le monde magique. Et puis, un jour, le monde tel qu’il était a disparu.

C’est dans un jeu de scène très engagé que trois mendiants, interprétés par Audrey Daoudal, Vivien Simon et Simon Waddell, s’avancent sur scène, tous vêtus d’une tunique noire. Ils demandent quelques pièces aux passants, peu enclins à leur céder le moindre jeton. « ‘Scusez-moi, vous auriez pas une petite pièce ? » s’exclament-ils. Mendier commence toujours par l’action de « s’excuser ». Comment mendier sans s’excuser ? Voilà qui se révèle être bien difficile.

Tout d’un coup, un magicien arrive sur scène ! Avec sa grosse voix, et une diction parfois trop rapide et peu lisible, il est le dernier à pouvoir réanimer « un point magique » sur Terre. Petits et grands sont captivés et très réceptifs à l’histoire qui se déroule sous leurs yeux ébahis.

Subitement, une brume, dont la densité peut nuire à la bonne compréhension scénique, remplit la scène et, avec elle, une voix issue des profondeurs résonne. Il existe un lieu, oublié de tous, qui regorge des merveilles du monde ! Mais les gens l’ont oublié et le monde a bien changé. Que sont ces merveilles ? Qu’est-ce qu’une merveille ? « Une merveille, c’est quelque chose qui fait du bien… ça fait du bien de se souvenir ». Notons que l’une des merveilles de ce concert demeure les costumes, qui reposent sur un savoir-faire artisanal. Inspirées du répertoire du cabaret avec cette idée de la métamorphose par le costume, les tenues des artistes se transforment au gré de l’histoire. Cependant, on pourra regretter que cet atout ne soit pas exploité au maximum de ses possibilités, le vêtement est trop souvent caché par cette tunique noire.

La scène se meut alors dans un jeu d’ombres et de lumières. Les trois âmes vagabondes se mettent en quête. Le sol, amplifié à l’aide de micros, tremble et gronde, un effet saisissant. Même si tout le monde a oublié l’existence de ce lieu, de cette lampe qui regorge de trésors, il y en a un qui ne l’a pas oublié ! C’est le magicien. Il entre en scène, accompagné au violon par Audrey Daoudal et au théorbe par Simon Waddell. Dans un prodigieux jeu scénique, qui fera beaucoup rire les enfants, il se met à chanter. À l’aide d’un ukulélé, il clame l’histoire de cette lampe, de ces trésors, doublé dans son dos par Vivien Simon avec sa voix de tête, haute et très claire.


La lampe apparaît, les trois mendiants s’en saisissent et la frottent. La voix du Génie, figure de tous les possibles, se fait entendre. Parmi toutes les richesses que contient la lampe, le Génie leur accorde… un seul vœu ! Que demander ? Une mallette pleine d’argent ? Non-mieux que ça. Ils demandent à ce que la lampe rende toutes ses richesses pour réenchanter le monde. C’est alors que les portes de la caverne s’ouvrent pour en libérer toutes ses merveilles et la joie de se sentir vivant. « Et c’est ainsi que le monde est redevenu merveilleux ! ». C’est sur ces mots, une chute quelque peu abrupts, que ce concert merveilleux autour de lampe selon Aladin se termine.

Après avoir remercié le Festival d’Ambronay pour cette scène et dans une visée pédagogique, les artistes présentent leurs instruments avec un petit quiz qui amusera les enfants, fins connaisseurs en herbe. L’aventure continue l’après-midi avec un atelier-théâtre assuré par Audrey Daoudal. Le public tout entier applaudis longuement les artistes pour cette œuvre magique.

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