Magnificat – Bach

Des moments d’émotion

La cantate BWV 21 Ich hatte viel Bekümmernis (« J’avais grande affliction en mon cœur ») a été composée à Weimar en 1713. D’une durée exceptionnelle parmi les cantates de Bach (45 minutes), elle est appropriée, selon le compositeur, à tous temps liturgiques. Plusieurs fois remaniée, elle a servi de support à au moins deux de ses candidatures : le poste d’organiste de Halle en 1713 et celui d’organiste à Saint-Jacques de Hambourg en 1720. Une dernière révision eut lieu à Leipzig pour une interprétation donnée le 13 juin 1723.

Les onze numéros de cette cantate représentent un cheminement spirituel, de l’affliction et la souffrance qui imprègnent la première partie, à la confiance en Dieu et à sa louange en deuxième partie. Plusieurs numéros, souvent d’une grande douceur, retracent le dialogue entre l’Ame et Dieu.

Dès la Sinfonia d’ouverture, on est frappé par la qualité des hautbois du Bremer Barockorchester qui ne se démentira pas tout au long du concert. Au-delà des hautbois, ce sont tous les vents de cet ensemble qui sont particulièrement expressifs et émouvants. Les cordes en revanche ont semblé en difficulté dans la cantate, avec des décalages et des problèmes d’accord.

L’ensemble La Sportelle a réservé de très beaux moments, même si sa composition m’a semblé un peu déséquilibrée au profit des sopranos. Les chœurs sont d’une grande beauté, notamment le 6ème mouvement (Was betrübst du dich, mein) ou le final particulièrement puissant et allègre. J’ai particulièrement apprécié le ténor Matthias Deau dont le timbre très rond et soyeux et la virtuosité font merveille dans son récitatif et aria de la première partie, en parfaite osmose avec l’orchestre. Le dialogue entre l’Ame et Jésus (Komm, mein Jesu, und erquicke/ Ja, ich komme und erquicke) – duo soprano/ basse – était également puissamment émouvant.

Le Magnificat (BWV 243) a été écrit quelque quinze années plus tard, entre 1728 et 1731. Ecrit pour cinq voix, il repose sur un texte en latin et non en allemand. Le Magnificat est un chant de reconnaissance de la Vierge Marie, après l’Annonciation, chant qui met en avant la joie et l’humilité de la Vierge. Il s’appuie sur l’Evangile selon Saint-Luc.

Dans cette seconde partie du concert, les réserves que l’on avait pu avoir sur les équilibres de La Sportelle et les cordes du Bremer Barockorchester disparaissent totalement. L’auditeur est emporté dans une interprétation assez magistrale de cette œuvre si connue. Les vents de l’orchestre sont absolument magnifiques et ils sont soutenus par un continuo de toute beauté. De cette très belle interprétation, il est difficile de mettre en avant tel ou tel passage mais plusieurs moments furent particulièrement touchants. Ce fut le cas du Et exultavit spiritus meus (soprano 2), du Quia respexit (soprano 1), de Quia fecit mihi magna (basse) ou de Deposuit potentes (ténor) aux superbes attaques. Pour ce qui est des ensembles, le Magnificat anima mea, Omnes generationes et Fecit potentiam étaient particulièrement réussis.

La basilique était comble et le public a fait un beau succès à cette jolie soirée complétée en bis par un extrait de la cantate BWV 147 et par le superbe Bogoroditse Devo extrait des Vêpres de Rachmaninov.

Publié le