En accord majeur
Les Semaines musicales de Stresa fêtent cette année leur 65e anniversaire. Le festival fut fondé en 1961 par Italo Trentinaglia de Daverio , avocat vénitien, dont le père, Erardo – compositeur – dirigea le Teatro alla Scala de Milan ainsi que Teatro La Fenice de Venise. La famille réunissait souvent des artistes prestigieux dans leur résidence de Stresa, sur les bords du lac Majeur ; l’idée d’y créer un festival s’imposait !
L’édition 2026 s’étend du 16 juillet au 9 septembre. Sa particularité ? A chaque période son univers : jazz en juillet, jeune public au cœur de l’été, et enfin musique classique dans la seconde moitié du mois d’août. Miroirs et nature constitue l’incipit cette dernière période, riche de 16 concerts dans les lieux les plus prestigieux, depuis les îles Borromées jusqu’à la Scala de Milan.
L’Orchestre de chambre de Bâle, habitué du festival est ce soir dirigé par l’impétueuse Bar Avni, premier prix du concours parisien La Maestra en 2024. La phalange suisse ne manque pas de fougue dans son interprétation de la symphonie n° 39 en sol mineur, Tempesta di mare, de Joseph Haydn (1732-1809). Les premier et quatrième mouvements sont impeccables d’implication et d’énergie. Le Sturm und Drang de la partition emporte l’auditeur avec une belle intelligence des nuances, un art de la suspension qui souligne le phrasé, éminemment narratif.
La partition date de 1767, à l’époque glorieuse où le compositeur autrichien, sous le règne de Nicolas Esterazy dit « le Magnifique » avait toute latitude pour épanouir son talent. Les second et troisième mouvements nous semblent ce soir moins probants : si les attaques sont franches, le phrasé bien conduit, et les cordes – jouant sur instruments modernes avec une technique « ancienne » – texturent joliment le son ; en revanche l’écoute se fait moins aiguë, comme si le propos, lointain, nous concernait moins. Heureusement le dernier mouvement galvanise à nouveau la phalange suisse qui, dans un ensemble parfait, ne fait qu’une bouchée de ses traits acrobatiques.
L’ouverture de La Finta giardiniera W. A. Mozart (1756-1791), quoi qu’élégante, supporterait un peu de la folie qui saisit son héroïne Violante à la fin du second acte.
En écho au thème de la nature, l’intermède proposé avant l’entracte par Fazil Say ( 1970) – pianiste et compositeur turc – nous semble bien plus convaincant : Yürüyen Köşk, célèbre « Villa mobile » cise à Yalova en Turquie, fut déplacée de quelques mètres en 1930 sur ordre de Mustafa Kemal Atatürk afin de préserver un platane centenaire. « Un geste symbolisant l’attachement d’Atatürk à la nature et sa vision progressiste, faisant de lui un pionnier de la protection de l’environnement » nous précise le programme de salle. La pièce, onirique, joue des possibilités contemporaines des instruments à cordes avec force grincements, frottements qui composent comme un chahut d’oiseaux et alterne avec des phrases mélodique. L’ensemble, entre narration et évocation, s’avère aussi accessible que séduisant.
La jeune cheffe israélienne, percussionniste de formation, se glisse aisément dans cet univers rythmique comme dans celui du concerto pour piano n° 2 de Chostakovitch (1906-1975).
Si le rapport avec le thème de la nature est rien moins qu’évident, quel beau moment de musique !
Le phrasé de Fazil Say, limpide, s’harmonise aisément avec l’orchestre créant une pâte sonore diaprée et espiègle dans le premier mouvement alors que le second – introduit par des violons en larmes – apporte une magie singulière à l’entrée du piano. Enfin, le troisième mouvement renoue avec la joie et une direction précise, rythmique qui sert également un final emporté par le souffle de la passion.
Depuis trois ans, une collaboration fructueuse entre Les Semaines musicales de Stresa et le label Outhere permet de faire entendre les artistes de la maison, de les associer pour de nouveaux programmes. C’est bien le cas ce soir. Le premier album de Bar Avni sorti chez Alpha Classics en février 2026, avec l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine, associe Charlotte Sohy, Darius Milhaud, CPE Bach et Igor Stravinsky. Pour sa part, Fasil Say a enregistré avec Patricia Kopatchinskaja les sonates pour violon de Johannes Brahms, Béla Bartók et Leoš Janáček. Leur second opus paraîtra en octobre, mettant à l’honneur Szymanosvsky, Prokoviev et Patkop ainsi qu’une pièce de l’artiste turc.
Enfin, le Basel Kammerchor se positionne comme spécialiste de la musique de Haydn, puisque que le projet au long cours Haydn 2032 prévoit l’enregistrement de l’intégrale des 107 symphonies du compositeur en collaboration avec le Giardino Armonico. La n° 39 a d’ailleurs bénéficié du premier volume pressé en 2014. L’orchestre sera de passage en France mi-septembre à Besançon dans la Grande Messe en Ut de Mozart ou encore en octobre au Wigmore Hall de Londres pour un programme Bach et Mozart avec Angela Hewitt.

