Io canterei d’amor – Véronique Bourin

Musiques de la Renaissance italienne, ou l’Italie avant le madrigal

Le concert de ce soir a lieu dans le cadre du colloque international intitulé La dédicace programmatique à la première modernité du 19 au 21 mai 2026 organisé par l’Université Lyon 3. Véritable charnière entre ces trois journées d’étude, le programme comporte cinq parties regroupant quatre mouvements, avec des œuvres allant du XIVème au XVIIème siècle. Véronique Bourin et Leonardo Loredo de Sà sont issus de l’ensemble Il Ballo, créé sous l’impulsion de ce dernier et spécialisé dans l’interprétation de la musique des XVI et XVIIème siècles. L’Institut de Culture Italienne de Lyon est vivement remercié ; sans son soutien le programme n’aurait pas pu avoir lieu. 

A l’entrée dans la salle, une question m’habite. Comment cette salle de conférence, aux parois en bois, permet de rendre compte de la musicalité du programme, de la sonorité des instruments, et de la voix de la soprano ? La réponse tient en ces quelques mots : un bijou dans un délicat écrin de velours. C’est un moment d’intimité avec le public, qui appelle à une forme d’introspection. Il est étonnant de constater comment les sonorités vocales et instrumentales se marient à merveille dans cette salle. La mélodie se donne directement au spectateur. Durant tout le concert l’impression que les artistes susurrent à notre oreille demeure. 

Véronique Bourin – soprano – nous plonge, dès les premières notes, dans l’univers de la Renaissance italienne. Elle chante avec beaucoup d’émotion. Le concert débute par une série de frottole, une forme poético-musicale des chansons populaires italiennes qui émerge au début de la Renaissance en Italie. Une pratique qui se diffuse jusqu’aux XVI-XVIIème avant d’être remplacée par le madrigal qui lui se développe jusqu’à la période baroque. Le programme de ce soir permet de suivre cette évolution de la musique et de comprendre les changements qui ont eu lieu passant d’une musique populaire à des airs qui font la part belle à la voix. 

Le concert se poursuit avec l’un des pères du madrigal, Philippe Verdelot. La soprano montre une voix très fluide et chante avec une joie sincère qu’elle sait communiquer à tout le public. Grâce à son luth, Leonardo Loredo de Sà captive le public, notamment par la répétition d’une phrase musicale à des tonalités différentes. 

Le retour en France se fait avec des airs aux accents comiques, qui sont très appréciés par le public, sourire aux lèvres. La soprano fait preuve d’une très belle diction et restitue à merveille le phrasé de ces siècles passés, accompagnée par les notes moelleuses et savoureuses de son collègue qui utilise un luth plus grand.

Ⓒ Dimitri Morel

Toujours dans ce dialogue entre chant et luth, le mouvement Mille regrets de Josquin Desprez est un véritable bijou. Leonardo Loredo de Sà nous explique que Charles-Quint aurait beaucoup apprécié cet air. Durant tout le concert, le luthiste a porté le souci de présenter les œuvres, leur histoire. Une attention des plus agréables qui participe de la qualité de ce concert. De nouveau en Italie, à Venise, pour cette fin de concert, avec l’œuvre d’Adrien Willaert, qui a impulsé le madrigal, jusqu’à Claudio Monteverdi qui clôt cet excellent concert. Aussi bien par le caractère animé et vivant du chant que par sa tessiture,  la soprano me fait penser à Cécilia Bartoli. En définitive, on peut affirmer sans détour que Véronique Bourin et Leonardo Loredo de Sà, partagent, avec le public, un très bel aperçu de ce que pouvaient être ces œuvres à leur époque.

C’est très agréable de voir comment ces artistes sont pleinement habités par leur art, tant dans leur performance scénique que dans le partage généreux avec le public, de leurs émotions. Les deux artistes concluent ce concert par La mia galina d’Antonino Barges. Le public les remercie chaleureusement pour la qualité notable de ce concert.

Publié le