Musiques « savantes » et populaires de France et d’Ecosse
La salle, spacieuse avec une très belle hauteur sous plafond, baigne dans une belle lumière naturelle hivernale. Le public s’est déplacé en nombre pour assister à ce concert en ce dimanche après-midi.
Le Duo Nightshade est composé de deux jeunes artistes de talent : Pauline Chiama à la viole et dessus de viole, Zuzanne Dubiszewska aux traversos. Les deux artistes se sont rencontrées durant leurs études, la première en Jazz, la seconde se spécialisant en musique irlandaise. L’alchimie opère grâce à un concert du groupe Garenne : le duo est né.
Le programme présenté aujourd’hui par ces deux artistes qui gagnent en visibilité repose sur une idée forte : l’interdépendance de la musique dite savante et des musiques populaires. C’est avec talent qu’elles réussiront à capter l’attention d’un public tout entier avec un instrument à cordes et un instrument à vent. Durant ce concert, c’est avec originalité qu’elles mettent en dialogue les célèbres airs d’opéras et de musiques traditionnelles. Rencontrer ces artistes en ascension, c’est découvrir des talents uniques. Découverte dans un autre contexte, la beauté des notes graves et rock de P. Chiama me restent en mémoire (articles disponibles ici).
La première partie débute par les œuvres de Marin Marais, Jean-Philippe Rameau et André Campra. Le concert s’ouvre sur une belle ligne claire à la viole, qui vibre de toute sa polyphonie, accompagnée par la flûte qui fait frémir l’air ambiant. En plus d’une immersion dans ces pépites méconnues du répertoire populaire avec des airs folk savoureux, ce concert permet une écoute renouvelée des œuvres classiques. Chaque note finale des mouvements traversent la salle de part en part avec un très beau rythme. A plusieurs reprises durant le concert, Z. Dubiszewska donne l’impression d’un duo de flûte, il n’en est rien. Cela démontre leur talent, technique et esthétique, à rendre compte de toute la richesse des harmoniques de leur instrument. Le dernier mouvement de cette première partie est l’occasion d’apprécier une très belle ligne de basse continue assurée à la viole et qui donne un côté très rock au mouvement. On entendrait presque la force d’un concert d’AC/DC ou de Queen. Ici résonne à merveille le postulat de départ : les grands airs d’opéra se sont inspirés des airs traditionnels.
Le départ pour les terres écossaises de James Oswald est accompagné de plusieurs extraits de l’opéra-ballet L’Europe galante de Campra, où ce dernier montre comment on tombe amoureux en France, en Italie, ou en Turquie. Le duo Nightshade met en regard les compositeurs, appuyés, à merveille, de belles notes aiguës à la viole de gambe rejointe par la fluidité des notes au traverso. Les artistes imprègnent le concert de leur complicité et leur maîtrise des solos. Avec les sept cordes de sa viole de gambe, P. Chiama exploite toute la polyphonie de son instrument avec un beau staccato. Les notes graves font résonner à merveille les sonorités des Highlands. Au loin, en remontant les rangs de spectateurs, le traverso brun de Z. Dubiszewska fait virevolter les notes dans les airs, accompagnées par de fines percussions enjouées sur sa viole de gambe. Cette fin de seconde partie me plonge dans ces univers musicaux de jeux vidéo aux abords des villes et villages avec des phrases musicales particulièrement joyeuses de vie quotidienne populaire.

La troisième partie nous plonge au cœur des terres écossaises, où les mélodies se mêlent au vent des Highlands. Une série d’œuvres issues de danses écossaises, et composées par Neil et Nathaniel Gow. Le caractère dansant de ces œuvres s’exprime dès les premières notes avec de légères accélérations qui ne manquent pas d’animer les corps et les esprits des spectateurs.
Les deux artistes nous honorent d’un bis, Lament for his second wife. Les premières notes frottées retranscrivent à merveille cette “complainte”. Un air d’une incroyable douceur, ponctuée par les notes légères au traverso et qui lui donne une belle couleur tel un songe ineffable. Le final de ce concert est des plus beaux, et montre bien comment les grands artistes du répertoire de la musique dite savante ont puisé, pour une part, leurs plus belles œuvres dans le registre des œuvres populaire et d’Écosse. Après de longs applaudissements qui témoignent de la réussite de leur programme, les artistes sont allés à la rencontre du public curieux et désireux d’en apprendre davantage sur leurs instruments, leur programme, leur parcours, et pour les remercier personnellement de ce beau concert, une réussite à tout point de vue.

