Stabat Mater pour deux castrats

Trois œuvres majeures de la musique sacrée du XVIIIe siècle

Ce concert convoquait trois œuvres majeures de la musique sacrée du début du XVIIIe siècle.

En premier lieu, In furore iustissimae irae, motet appartenant à la série des compositions de Vivaldi lors de son séjour romain autour des années 1720. Le texte dépeint le courroux divin devant les excès humains et appelle au repentir devant Dieu. Nicolò Balducci en souligne à l’envi la proximité avec l’opéra en insistant avec talent sur la virtuosité des arias et le caractère démonstratif de l’œuvre.

Le Stabat Mater d’Antonio Vivaldi est composé au début des années 1710 et créé à Brescia le 18 mars 1712 dans l’église Santa Maria della Pace à l’occasion de la fête des Sept douleurs de Marie. Redécouvert en 1938, le Stabat Mater de Vivaldi est de dimension relativement réduite : écrite pour voix seule (contralto), elle n’utilise que la moitié des vingt versets du Stabat Mater Dolorosa de la liturgie. « Debout la Mère… assiste impuissante et compatissante au sacrifice de son Fils sur la croix. Sa douleur est immense : elle est inconsolable » sont les premiers vers du texte qui aurait été composé au XIIIe par le moine Jacopone da Todi. La composition en fa mineur est profondément religieuse et c’est peu dire que Rémy Brès-Feuillet restitue à merveille cette ambiance profondément spirituelle qui plonge la salle Gaveau dans une écoute attentive et très silencieuse.

En deuxième partie, c’est le célébrissime Stabat Mater de Pergolèse qui est interprété par les deux contre ténors, reprenant les parties des castrats ayant créé l’œuvre en France sous Louis XV. La genèse de l’œuvre est connue ; mourant, Pergolèse, âgé de seulement 26 ans, reçoit la commande de ce Stabat Mater, destiné à remplacer celui de Scarlatti, alors jugé démodé. L’œuvre est écrite pour soprano, alto, cordes et continuo. Créée probablement pendant la Semaine sainte de 1736, elle est écrite pour deux castrats, l’Église interdisant le chant féminin dans les offices. L’œuvre connut à Paris un succès fulgurant qui ne se démentit pas tout au long du XVIIIe siècle.

On le sait, il faut deux voix d’exception pour donner sens à l’immense douleur de la Vierge au pied de la Croix sur laquelle agonise son fils. Nicolò Balducci et Rémy Brès Feuillet sont indubitablement ces deux interprètes dont les timbres se marient avec harmonie et intensité tout au long de l’ouvrage.

Si les deux interprètes n’appellent que des louanges, j’ai plus de réserves sur l’Orchestre de l’Opéra royal et la direction parfois un peu plate de Chloé de Guillebon. Si le continuo emmené par Léa Masson et Claire Lise Démettre était irréprochable, les violons de la formation étaient plus approximatifs et la direction a choisi quelques ruptures de rythme qui n’apportaient vraiment rien à la profondeur spirituelle de cette œuvre si particulière.

Beaucoup d’émotion toutefois tout au long de ce beau programme, servi avec beaucoup de talent par les deux contre ténors, justement salués par une salle enthousiaste !

Publié le